«Plus j’en ai appris sur [Charlie Kirk], plus je me suis dit que ce type est un saint Paul des temps modernes», a récemment déclaré le cardinal Timothy Dolan, archevêque de New York, à Fox & Friends, une émission diffusée sur la chaîne américaine Fox News.
«C’était un missionnaire, un évangéliste, un héros. Je crois qu’il avait compris ce que Jésus voulait dire quand il a déclaré que “la vérité vous rendra libres.”», a ajouté le cardinal Dolan le vendredi 19 septembre 2025.
L’influenceur et militant conservateur américain Charlie Kirk a été assassiné le mercredi 10 septembre alors qu’il participait à un débat sur un campus de l’Utah.
Le dimanche 21 septembre, une cérémonie en son honneur a eu lieu près de Phoenix, en Arizona, et a rassemblé 65 000 personnes. Parmi les nombreux orateurs venus lui rendre hommage, il y avait le vice-président américain J. D. Vance, un catholique. Il a déclaré que «le meurtrier diabolique qui nous a enlevé Charlie s’attendait à ce que nous ayons des funérailles aujourd’hui. Au lieu de cela, mes amis, nous avons assisté à un réveil (a revival) en l’honneur de Charlie Kirk et de son Seigneur Jésus-Christ».
André Gagné, directeur du département des études théologiques à l’Université Concordia, n’est pas surpris par l’utilisation massive de termes religieux et bibliques par ceux qui commentent l’assassinat de Charlie Kirk. «On parle même de lui comme d’un martyr», dit le théologien peu après avoir visionné – durant six heures – la cérémonie de dimanche en son honneur.
Mais est-il vraiment «un saint Paul des temps modernes» comme l’affirme l’archevêque de New York?
Le professeur Gagné a aussi regardé l’entrevue accordée par le cardinal Dolan à Fox News. Le prélat a d’abord reconnu qu’il «ne le connaissait pas» avant son assassinat et qu’il s’est mis à lire depuis les éloges qui lui étaient rendus.
Ce qui embête le professeur Gagné dans l’entrevue du cardinal, c’est que ce dernier n’a pas vérifié les réactions «des gens qui étaient visés par les propos de Charlie Kirk».
Le cardinal n’aurait pas fait «une telle déclaration, à l’emporte-pièce», s’il s’était quelque peu intéressé aux commentaires de membres des communautés afro-américaines «qui n’ont pas célébré sa mort», bien sûr, mais qui ont maintes fois affirmé «qu’on ne pouvait pas valoriser ce que cet homme avait déclaré par le passé».
Le professeur rappelle d’ailleurs que des blogueurs américains ont recensé un grand nombre de déclarations polarisantes attribuées à l’influenceur Charlie Kirk. «C’est assez troublant ce qu’il disait de ceux qu’il percevait comme ses ennemis politiques ou encore ce qu’il pensait de la peine de mort.»
Charlie Kirk n’a pas hésité à tenir des «propos acerbes à l’encontre de ceux qui n’adhéraient pas à ses perspectives», tant politiques que religieuses, dit-il. «Et là vous avez un cardinal, pas mal influent aux États-Unis, qui affirme que c’est l’apôtre Paul des temps modernes. On dirait qu’il cherche un moyen de rallier tout le monde, de dire du positif de cet individu, dans une émission écoutée par des gens qui appuient Charlie Kirk et ses idées.»
Il se demande enfin si le cardinal n’a pas fait preuve, lors de cette entrevue télévisée, «d’ignorance et d’un peu de naïveté».
La Conférence des évêques catholiques des États-Unis n’a pas commenté l’assassinat de Charlie Kirk. Mais dans son compte sur X, un autre évêque américain, Mgr Robert Barron du diocèse de Winona-Rochester, Minnesota, a demandé aux citoyens de se souvenir de l’influenceur «comme d’une sorte d’apôtre du discours civilisé, mais surtout comme d’un homme qui aimait Jésus-Christ».
Le professeur André Gagné est l’auteur de Ces évangéliques derrière Trump (Labor et Fides, 2020). Il prépare actuellement un nouveau livre, «une introduction aux mouvement pentecôtistes et charismatiques». Des mouvements, observe-t-il, qui sont «l’expression du christianisme qui est en forte croissance en ce moment dans le monde». Cet exégète, qui s’intéresse dorénavant à la «réception contemporaine de la Bible» indique qu’il consacrera tout un chapitre de son nouveau livre aux liens entre ces mouvements religieux et les institutions politiques.
L’abbé Pierre radié de l’Ordre national du Québec
Le premier ministre du Québec vient de procéder à la radiation de l’abbé Pierre de l’Ordre national du Québec. L’apôtre des sans-logis et longtemps la personnalité la plus admirée des Français avait reçu le titre de grand officier de l’Ordre national du Québec en 1995.
Ce sont les neuf membres du Conseil de cet ordre, la plus prestigieuse reconnaissance décernée par l’État québécois, qui ont «unanimement recommandé sa radiation». Ils ont analysé, apprend-on, tous les rapports d’enquête commandés par Emmaüs France, Emmaüs International et la Fondation Abbé Pierre relatifs «aux abus sexuels commis par l’abbé Pierre». Mais c’est au premier ministre que revient la responsabilité de «procéder à une radiation entraînant le retrait de la décoration».
«La radiation représente une sanction ultime en cas d’inconduite notoire ou de faute grave», indiquait le samedi 20 septembre 2025 le Secrétariat de l’Ordre national du Québec.
Aussitôt cette radiation annoncée, le site Web de l’Ordre national du Québec a été expurgé de toute référence au célèbre abbé. Quand on mène une recherche aux mots abbé Pierre dans le Registre des membres (qui compte dorénavant 1150 personnalités québécoises et 72 personnalités étrangères), on obtient cette réponse: «Le membre que vous recherchez n’existe pas».
En janvier 1995, l’épouse du premier ministre Jacques Parizeau, Lisette Lapointe, avait rencontré l’abbé Pierre, en France, dans les locaux de sa fondation. Elle lui avait alors remis l’Ordre national du Québec.
«Lors de leur rencontre, le religieux a demandé qu’on l’aide à faire revivre son œuvre au Québec, qui a périclité depuis quelques années», écrivait le journaliste Denis Lessard dans La Presse du 27 janvier 1995.
« »Je veux reconstruire Emmaüs au Québec », c’est la première chose que l’abbé Pierre m’a dite», avait déclaré Lisette Lapointe.
Samedi, le président de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ), Mgr Martin Laliberté, a préféré ne pas commenter la radiation de l’abbé Pierre de l’Ordre national du Québec.
Le sociologue E.-Martin Meunier, responsable du volet Canada/Amérique du Nord de la Commission indépendante d’études sur les violences commises par l’abbé Pierre (CEVAP), a répété samedi les propos qu’il avait tenus quelques jours plus tôt lors d’une rencontre de presse. L’agence Présence lui avait alors demandé si le rapport qu’il prépare pourrait contenir des demandes précises aux autorités civiles, dont celle du retrait de l’Ordre national du Québec.
«Le mandat de la CEVAP n’est pas de fournir des recommandations, mais un rapport sur les violences commises par l’abbé Pierre et leur silenciation. Une fois ce rapport déposé [en 2027], nous espérons que la société civile prendra les mesures qui s’imposent pour qu’une telle situation ne se reproduise plus», a déclaré le commissaire Meunier.
















































