Il y a exactement un an, le patriarche latin de Jérusalem affichait une mine très sombre.
Le 16 décembre 2023, avant même de saluer les gens venus l’entendre lors d’un webinaire, le cardinal Pierbattista Pizzaballa révélait que le couvent situé dans l’enceinte de la seule paroisse catholique de Gaza venait d’essuyer les tirs d’un char d’assaut israélien.
« Deux personnes sont mortes, a-t-il alors lancé d’une voix brisée par l’émotion. Une dame âgée ainsi que sa fille venue à son secours. » [1]
Douze mois plus tard, à la veille de Noël, c’est un cardinal bien plus souriant qui a rencontré des journalistes du monde entier à l’invitation de l’organisme Aide à l’Église en détresse (AED).
La situation à Gaza demeure toujours difficile, dit-il, mais le récent cessez-le-feu observé au Liban représente un signal positif.
« Je ne sais pas quand, ni ce que ce sera, mais du nouveau s’en vient », lance-t-il.
« En fait, des signes d’espoir, j’en vois partout. À Gaza, en Cisjordanie, à Jérusalem. Il y a toujours de l’espoir quand des gens se lèvent et s’engagent au service des autres. »
Le cardinal Pizzaballa explique que depuis le début du conflit, le patriarcat latin de Jérusalem réussit à fournir de la nourriture à plus de 4000 familles qui ont trouvé refuge à l’intérieur de l’enceinte de la paroisse de la Sainte-Famille ou qui vivent dans les environs.
De plus, « malgré la guerre, malgré les souffrances endurées, nous avons pu toujours compter sur l’aide et la solidarité de l’Église universelle », ajoute-t-il, remerciant l’AED et d’autres organismes internationaux pour leur appui financier envers le diocèse qu’il dirige en Terre Sainte depuis 2016, d’abord à titre d’administrateur apostolique puis, en 2020, comme patriarche.
Une guerre bien différente
« Vous savez, ce n’est pas notre première guerre. Mais celle-ci est bien différente des précédentes », confie-t-il.
Le cardinal évoque l’ampleur de la violence qui s’est abattue sur la région. Il mentionne la destruction de 90% des maisons et des infrastructures sur le petit territoire de Gaza. Il rappelle que la situation économique est désastreuse puisque les Palestiniens sont interdits de travail en Israël. Il déplore aussi qu’en Terre Sainte, « il n’y a plus aucun pèlerin ».
Mais il observe surtout que, depuis le 7 octobre 2023, le jour de la funeste attaque du Hamas contre Israël, les Israéliens et les Palestiniens ploient sous un « énorme traumatisme » que le temps n’arrive pas à effacer ou, du moins, à adoucir.
« Ce qui m’inquiète aujourd’hui, c’est le très haut degré qu’a atteint la haine dans notre région », déplore le patriarche Pizzaballa. « On la ressent partout. C’est la haine entre Palestiniens et Israéliens, les discours haineux et le refus de considérer l’Autre comme un être humain ».
Il ne fait pas de doute pour lui que, tôt ou tard, il faudra bien reconstruire ou réparer logements, écoles, hôpitaux et commerces. « Mais comment fait-on pour rebâtir des relations quand la haine est si présente? », demande-t-il.
Il reconnaît aussi que le dialogue interreligieux est « pratiquement impossible », notamment entre les Juifs et les musulmans. « Les chrétiens, qui sont peu nombreux, pourraient bien avoir la responsabilité de construire des ponts entre les communautés de foi », estime le patriarche latin de Jérusalem.
Pèlerinages
Au terme de cette rencontre de presse, le cardinal Pierbattista Pizzaballa a invité les chrétiens du monde entier à venir visiter Bethléem, Nazareth et Jérusalem, des lieux où Jésus a vécu.
« Ces endroits sont sécuritaires, sans danger », assure-t-il avant de lancer qu’« il est temps de revenir en Terre Sainte ».
[1] Présence, « La situation est catastrophique à Gaza », dit le cardinal Pizzaballa, 21 décembre 2023.
















































