Interdire la prière dans les lieux publics entre en contradiction avec les principes énoncés dans la Loi sur la laïcité de l’État, avertit un avocat associé au Centre juridique pour les libertés constitutionnelles.
Dans une mise en garde qu’il vient de remettre au ministre responsable de la Laïcité ainsi qu’au premier ministre du Québec, Me Olivier Séguin indique que la volonté du gouvernement de légiférer sur la prière publique contrevient aux principes « sur lesquels repose expressément » cette loi, soit « la neutralité religieuse de l’État, l’égalité de tous les citoyens et citoyennes et la liberté de religion ».
« Votre façon d’aborder la situation suggère une conception militante, antireligieuse et dogmatique de l’une des pratiques les plus saines et les plus anciennes qu’aient entretenues les êtres humains dans leur rapport avec leurs semblables et avec la transcendance », écrit l’avocat.
« Laissez vos sujets prier en paix, là où ils ne commettent aucun mal et ne causent à personne de préjudice objectif », enjoint-il le ministre Roberge et le premier ministre Legault.
L’avocat Séguin s’est fait connaître en tant que représentant d’Harvest Ministries International, un groupe évangélique de Colombie-Britannique qui a intenté en 2023 une poursuite contre la ministre du Tourisme Caroline Proulx ainsi que le gouvernement du Québec. Il leur reprochait d’avoir résilié un contrat de location que ses responsables avaient dûment signé avec le Centre des congrès de Québec.
Les parties dans cette affaire croiseront le fer dans un an seulement, en novembre 2025.
Prier n’est pas dangereux
« L’idée d’interdire les prières à l’extérieur des lieux de culte, en particulier, nous semble rater la cible de promouvoir un vivre-ensemble apaisé sur le territoire d’un État laïc », a déploré lundi l’évêque de Trois-Rivières Martin Laliberté dans une lettre ouverte remise exclusivement au quotidien La Presse puis rendue publique le lendemain.
Pour le président de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec, une telle interdiction « serait inapplicable ».
« Les parcs publics accueillent toutes sortes de pratiques qui nécessitent de temporairement limiter l’accès à un secteur donné. Pensons à une partie de balle ou de ballon. Que certaines de ces pratiques revendiquent une dimension spirituelle ou religieuse plus ou moins affirmée est tout autant légitime. »
« Si cela est interdit, qui vérifiera par exemple le niveau d’adhésion d’une personne effectuant une salutation au soleil dans un cours de yoga? », demande l’évêque trifluvien.
Il rappelle que, comme tous les organismes et institutions de la société civile, « un groupe religieux peut organiser un rassemblement public pour d’autres fins que la prière, notamment recueillir des fonds pour un organisme d’aide aux personnes en situation de pauvreté, ou vivre un moment de détente commun ».
Dans de tels cas, « cherchera-t-on alors à s’assurer qu’aucune prière n’est récitée durant une guignolée ou avant un repas amical? »
« Prier n’est pas dangereux », déclare l’évêque Martin Laliberté.
Il se dit convaincu que l’interdiction de toute prière publique, une idée avancée par le premier ministre le vendredi 6 décembre, ne vise pas l’ensemble des personnes croyantes. François Legault cible plutôt les « groupes religieux minoritaires qui sont perçus comme différents et, pour cette raison, menaçants pour l’identité québécoise ». Cette perception est erronée, selon lui, car toute identité « se transforme et se nourrit de contributions variées ».
« La laïcité de l’État n’exige pas la laïcité de la société », ajoute enfin le président de l’AECQ qui estime qu’il existe un « risque bien réel que des autorités tentent de confiner à la sphère privée l’association à des fins religieuses ou spirituelles ».
Silence de François Legault
Tôt mercredi matin, l’agence Présence a demandé au premier ministre François Legault de réagir aux réflexions et aux objections que ses propos sur la prière publique ont suscités, notamment chez les personnes croyantes et les institutions religieuses qui les représentent.
Au moment de publier ces lignes, il n’avait toujours pas répondu.
Dans le compte X qu’il nourrit quotidiennement, le premier ministre n’a plus abordé des sujets associés aux questions religieuses depuis dimanche dernier, soit à son retour des célébrations qui ont marqué la réouverture de la cathédrale Notre-Dame de Paix. Ce jour-là [2], il a demandé aux Québécois de ne pas renier leur héritage catholique.
[1] Présence, Le Centre des congrès de Québec et la ministre Caroline Proulx poursuivis, 9 août 2023.
[2] Présence, François Legault demande aux Québécois de ne pas renier leur héritage catholique, 10 décembre 2024.
















































