Devant la crise de l’itinérance à Montréal, Québec solidaire presse le gouvernement de loger temporairement les sans-abris dans les églises vacantes ou sous-utilisées et somme le premier ministre François Legault de faire preuve de leadership face à « la détresse humaine ».
Le parti l’a fait savoir lors d’un point de presse, tenu le 12 mars 2025, devant l’église du Sacré-Cœur-de-Jésus, à Montréal.
« Je demande formellement à François Legault un plan d’urgence pour convertir les églises en refuges et en haltes chaleur pour les personnes itinérantes. La crise de l’itinérance est sans précédent », a martelé Ruba Ghazal. La porte-parole de Québec solidaire a affirmé que la Coalition Avenir Québec (CAQ) – parti du premier ministre – ne devrait pas prendre des « demi-mesures » pour gérer ce qu’elle a qualifié de « crise humanitaire » et aussi de « crise nationale. »
Mme Ghazal affirme qu’il existe plusieurs solutions à cette problématique, et que sa formation politique les avait présentées à M. Legault, qui n’aurait pas réagi. La députée solidaire espère que cette fois sera la bonne.
« On en propose une nouvelle », avance-t-elle, montrant l’église du Sacré-Cœur-de-Jésus, qui est sous-utilisée. « Il y a plein d’espaces qui vont nous permettre d’accueillir des refuges temporaires, des haltes chaleur dans cette église-là pour les personnes itinérantes, de leur donner des soins et des services. »
Mme Ghazal estime à près d’une dizaine le nombre d’églises vacantes et très peu utilisées à Montréal. Elles pourraient même avoir encore d’autres avantages pour la ville. « Ça nous permettrait aussi de faire d’une pierre deux coups, de valoriser notre patrimoine religieux qui est sous-utilisé, mais aussi d’offrir des logements temporaires pour les personnes itinérantes ».
Ils dorment dans la rue en plein hiver
Québec solidaire peint le portrait de l’itinérance dans la métropole et voit des sans-abris traîner dans les parcs et dormir dans la rue et le métro. « On voit cette détresse humaine des (gens) pour qui c’est indigne de passer leur temps dans le métro quand il fait froid, mais qui n’ont aucune place où aller parce que les refuges actuels débordent », déplore Mme Ghazal.
L’augmentation du nombre des itinérants dans les quartiers rend la cohabitation difficile entre les sans-abris et les résidents. La situation « est intolérable pour les personnes vulnérables qui vivent dans la rue, mais c’est difficile aussi pour nos quartiers et pour la cohésion sociale. Sur le terrain, on sent beaucoup d’insécurité, beaucoup d’impuissance chez les gens », résume, pour sa part, Guillaume Cliche-Rivard, responsable du parti en matière d’itinérance.
Il reconnaît avoir lancé plusieurs appels ces derniers mois et multiplié « des mains tendues » en direction du ministre responsable des Services sociaux, Lionel Carmant. L’ouverture de haltes chaleur, l’organisation d’un sommet transpartisan sur les enjeux de la cohabitation et le déblocage de fonds pour l’accompagnement communautaire en logement étaient quelques-unes des demandes de Québec solidaire.
Réaction de l’Église
« Aujourd’hui, c’est une nouvelle proposition concrète qu’on fait à la CAQ : convertir notre patrimoine religieux vacant en ressources d’urgence gérées par les CIUSSS (Centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux) pour lutter contre l’itinérance », précise M. Cliche-Rivard.
Quant à la réaction de l’Église face à cette proposition d’accueillir temporairement les sans-abris dans les lieux de culte, le responsable solidaire se fait rassurant. « J’ai eu de bonnes discussions avec le diocèse de Montréal et il y a de l’ouverture », rapporte-t-il. « Le mois dernier, avec ma collègue Manon (Massé), j’ai rencontré des paroissiens qui ont fait la même proposition à l’OCPM (Office de consultation publique de Montréal). »
Cette expérience touchera tous les secteurs tels que Hochelaga-Maisonneuve, le Centre-Sud, Montréal-Nord, Rosemont et le Sud-Ouest. L’objectif est de cesser de concentrer l’ensemble des ressources dans certains endroits comme le Centre-Sud et le Sud-Ouest. « Il faut qu’on ait une diversification, une déconcentration des ressources pour que ça fonctionne », relève M. Cliche-Rivard.
Financement des rénovations
Notons que les rénovations des églises souffrent d’un manque de subventions, et cette situation est récurrente. Dans ces conditions, certains s’interrogent sur les sources de financement que propose Québec solidaire pour la conversion des lieux de culte en refuges pour les sans-abris.
Le parti fait savoir que certaines églises sont prêtes et sont en location actuellement. Elles servent déjà de refuges et sont gérées par des organismes. « Il y en a qui ne nécessitent pas de rénovation et qui peuvent être louées de manière assez rapide. On peut parler de sous-sols, de salles paroissiales, de presbytères », dit le responsable solidaire en matière d’itinérance. « Le diocèse est prêt à louer les églises », garantit M. Cliche-Rivard.
Église : pas un logement permanent
La porte-parole revient pour spécifier que la proposition de sa formation politique est une mesure parmi tant d’autres et qu’elle vise à résoudre, de façon temporaire, une situation d’urgence.
« La vraie solution, ce n’est pas que les gens vivent dans les églises, on ne va pas transformer ces églises en logements permanents. (La vraie solution) c’est d’avoir des logements et de construire massivement en dehors (des églises) », suggère Ruba Ghazal.
















































