« François a amené l’Amérique latine au Vatican et a ouvert l’Église à l’Amérique latine ». C’est par ces mots que Mgr Martin Laliberté, évêque de Trois-Rivières, souligne l’importance d’une vision d’Église héritée de l’Amérique latine et de la théologie de la libération dans le pontificat du pape François, lui qui s’est fait proche des pauvres.
Comme plusieurs fidèles, c’est par les médias que Mgr Martin Laliberté a appris la mort de François. « Au lendemain des jours saints, je voulais me lever une heure plus tard. Cependant, le téléphone a sonné tôt le matin. C’était une demande d’entrevue pour la radio. Je n’ai pas eu le temps d’avoir une réaction. Maintenant, je ressens de la tristesse, car sa vision de l’Église et sa personnalité me rejoignaient beaucoup. »
Ancien missionnaire au Brésil, l’actuel évêque de Trois-Rivières et membre de la Société des Missions-Étrangères souligne que l’Église qu’il a connue en Amazonie brésilienne, et plus largement en Amérique latine, « est proche des pauvres, participative ».
« C’est une Église où les fidèles sont engagés, où beaucoup de communautés chrétiennes sont animées par des laïcs qui en ont la charge. Et c’est cette vision-là que François a apportée. »
La théologie de la libération
Durant son séjour au Brésil, l’évêque de Trois-Rivières a expérimenté la théologie de la libération. Il rappelle que François y était très sensible.
« Certains dans l’Église percevaient la théologie de la libération comme du communisme. C’est sûr que dans les premiers temps, dans des analyses sociologiques, on se servait de certaines catégories du marxisme pour faire de l’analyse sociale. Cependant, ce n’était pas du marxisme. C’était une manière d’analyser le contexte sociopolitique », explique Mgr Laliberté, aussi président de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ).
Pour lui, « la théologie de la libération voit Dieu comme un Dieu libérateur, un sauveur. L’expérience du peuple d’Israël, c’est la libération de l’esclavage. Et qu’est-ce qu’est la théologie de la libération sinon de regarder la réalité dans laquelle on vit et les diverses situations d’oppressions, les situations qui marginalisent et qui excluent? Jésus lui-même a libéré les gens et les a remis debout. Remettre les gens debout, pardonner, guérir, c’est libérer les personnes. Le pape François venait de ce monde-là. »
L’enseignement social de l’Église
Mgr Laliberté est d’avis que le pape François vivait l’Évangile. « Pour moi, l’enseignement social de l’Église c’est l’Évangile. Le pape nous a ramené à cela : l’Évangile est pour les petits, les pauvres. Le Christ est un libérateur. Il vient briser toutes les chaînes qui nous retiennent, qui nous attachent. »
Pour l’évêque de Trois-Rivières, le pape a été conséquent. « C’est pourquoi il disait que l’Église ne doit pas se prendre elle-même comme un point de référence. Ce qu’elle doit prendre comme point de référence, c’est le Christ, l’Évangile et sa mission d’annoncer le Christ. Toute notre institution doit être organisée en fonction de l’annonce de Jésus-Christ. Cette annonce est une bonne nouvelle pour les pauvres, car elle nous entraîne sur le terrain, auprès d’eux. »
« L’enseignement social de l’Église et ses engagements sociaux ne sont pas des apartés, poursuit-il. Ce n’est pas un appendice. Cela fait partie de ce que nous sommes parce que c’est l’Évangile. Le pape nous a appelés à retrouver l’essentiel de notre foi qui est de garder les yeux fixés sur le Christ tout en refaisant dans notre monde ce que le Christ a fait lorsqu’il était parmi nous. »
Selon Mgr Martin Laliberté, c’est dans cet esprit que François accordait une importance à la religiosité populaire. « Cela a une grande importance pour le peuple. C’est une manière de vivre la foi qui va rejoindre les pauvres et les petits. Il nous a invité à retourner à cela. »
















































