Alors que l’Église Unie du Canada célèbre ses 100 ans, la nouvelle modératrice souhaite rétablir une saine communication dans une société divisée et de plus en plus sécularisée. Kimberly Heath s’est ouverte à Présence sur sa vision pastorale qui navigue entre espérance et réalisme.
Élue modératrice lors du 45e Conseil général qui s’est tenu à Calgary en août 2025, Kimberly Heath se dit encore surprise par le choix des électeurs. «Je ne pensais pas être élue, car il y avait d’autres candidats qui étaient plus connus que moi. Cela a été un moment plein d’émotion. C’est difficile de mettre en mots ce que j’ai ressenti alors», déclare-t-elle en français.
C’est lors d’une retraite pour les pasteurs en 2024 qu’elle a perçu l’urgence de déposer sa candidature. «Le thème de la retraite nous invitait à réfléchir à Marie qui entend l’appel de Dieu. J’ai senti l’Esprit-Saint passer. Il me disait de déposer ma candidature pour cette élection. J’ai fortement ressenti que c’était là, maintenant, que je devais le faire.» Après avoir discerné cet appel avec l’aide d’un «cercle de discernement», elle pose sa candidature avec le résultat que l’on connaît.
Accueil de la communauté 2ELGBTQ+
Pasteure depuis 25 ans, Kimberly Heath est rattachée à la Wall Street United Church située à Brockville en Ontario. Elle a succédé à son père, lui-même pasteur.
«Dans notre région, il est bien connu que la Wall Street United Church est ouverte et de gauche. Nous accueillons les membres de la communauté 2ELGBTQ+ et nous soulignons annuellement le Jour de la fierté. Cela ne pose pas de problème, même si Brockville est pas mal conservateur.»
Née à Lusaka, la capitale de la Zambie, Kimberly Heath a cependant grandi au Canada. «Mes parents ont été des professeurs dans une école secondaire de l’Église Unie du Canada durant cinq ans. J’avais 2 ans lorsqu’ils sont rentrés au Canada.»
Après l’obtention d’un baccalauréat en histoire à l’Université McGill, elle entreprend des études en théologie à l’Emmanuel College de Toronto, grâce à une amie étudiante en théologie à McGill. «Nous nous promenions dans les corridors, prenions des cafés ensemble. Un jour, elle me dit : »Je pense que tu es appelée à devenir pasteure pour l’Église Unie du Canada ». Je me suis alors demandé si le chemin de vie de mon père était aussi le mien. Il faut dire que lorsque j’étais plus jeune, je ne voulais pas devenir pasteure comme mon père, ni enseignante comme ma mère!»
Faire face au tsunami
Dans son allocution afin de se présenter aux électeurs, elle avoue son inquiétude quant à l’avenir de l’Église Unie du Canada. «Lorsque je réfléchis à l’avenir de notre Église, écrit-elle, je m’imagine seule sur une plage. Un tsunami se dirige vers moi. Il n’y a aucun moyen de l’éviter. Je me sens toute petite, je suis effrayée et j’éprouve un sentiment d’impuissance. Nous traversons une période éprouvante marquée par la crise climatique, les difficultés économiques et la montée du fascisme et de la haine envers les personnes queer et trans, les personnes de couleur et les personnes immigrantes. En outre, en tant qu’Église, nous sommes confrontés à un déclin dont le rythme est alarmant. Pour beaucoup, le christianisme appartient au passé.»

Lorsque nous lui demandons pourquoi elle a utilisé une telle image, la pasteure Kimberly répond : «Je crois que c’est le sentiment de la majorité des membres de l’Église Unie du Canada. Nous avons beaucoup de paroisses partout au Canada. Cependant, les membres sont de moins en moins nombreux et de plus en plus âgés. Ils ont moins d’énergie. Ils ont moins de ressources financières qu’avant. Ils pensent que leur paroisse va fermer. C’est la vérité. Mais, il y a d’autres vérités. Nous estimons qu’il y a 10% des églises qui sont en pleine croissance. Il y a de nouveaux ministères en français, grâce à l’immigration francophone venant d’Afrique.»
Toutefois, Kimberly Heath fait appel à ses études en histoire pour relativiser la crise que vivent l’Église Unie du Canada et les autres dénominations chrétiennes. «Je sais que depuis toujours, l’Église du Christ vit des hauts et des bas. Je crois que l’Église universelle ne va pas mourir. Qu’est-ce qui va arriver de l’Église Unie du Canada? On va voir! Je ne pense pas que l’appel de Dieu, c’est d’avoir du succès. L’appel, c’est d’être fidèle et de faire Église en ce moment.»
La pasteure Heath est consciente que dans les années à venir l’Église Unie du Canada sera plus petite. «Plus petite, mais elle sera plus vivante, plus courageuse. Elle aura une foi en quête de justice et enracinée dans Jésus.»
Priorités pastorales
Durant son mandat de trois ans, elle espère pouvoir faire avancer quelques dossiers qui lui tiennent à cœur, dont celui de l’œcuménisme. «Je ne crois pas que l’œcuménisme va se vivre comme avant. Nous ne chercherons plus à atteindre une plus grande unité, mais à travailler ensemble tout en respectant nos différences. Il faut le faire, surtout lorsque l’on constate ce qui se passe avec certaines Églises chrétiennes aux États-Unis. C’est important que les Canadiens entendent une voix différente. Il faut qu’ils sachent que l’Église est un lieu de compassion, d’amour, d’égalité et d’inclusion. Notre job, ce n’est pas de créer des murs entre Jésus et le monde. Notre job, c’est d’ouvrir les portes!»
La place du français et des francophones dans l’Église Unie du Canada sera l’objet d’une attention particulière de la part de Kimberly Heath. Lorsque nous lui parlons des réactions de certains membres francophones de l’Église Unie au Québec concernant la présence du français au sein de l’institution, elle se montre surprise. «Je dois admettre que je ne savais pas que cela était une blessure si profonde. Je dois en apprendre davantage sur cette situation.»
Un autre dossier qui occupera son temps est celui de la présence des Autochtones au sein de l’Église Unie du Canada. «Nous avons été partenaires d’un génocide culturel. Nous sommes coupables d’avoir participé à la création de pensionnats destinés aux Autochtones. Aujourd’hui, nous voulons favoriser leur autonomie au sein de l’Église Unie du Canada. Il faut vraiment agir dans un esprit de décolonisation. Ce n’est pas facile. C’est un pas en avant et deux pas en arrière! Même en même temps, il y a beaucoup de bénédictions et de richesse à suivre ce chemin.»
















































