Le congrès suprême des Chevaliers de Colomb se tiendra à Québec du 6 au 8 août. Des milliers de membres du plus important mouvement de laïcs catholiques du monde entier y sont attendus. Lors de cette assemblée internationale, le 350e anniversaire de l’archidiocèse de Québec sera souligné lors d’un banquet qui pourrait réunir quelque 3000 personnes.
Reconnus pour leurs généreuses contributions financières à des initiatives de charité mais aussi pour leur engagement contre l’avortement dans différents pays du monde, les Chevaliers de Colomb tiendront le 142e congrès suprême de leur histoire au Centre des congrès de Québec (CCQ), une société d’État.
L’an dernier, à pareille date, la ministre du Tourisme Caroline Proulx avait exigé l’annulation du contrat de location signé entre le CCQ et une Église évangélique de la Colombie-Britannique L’événement appelé Rallye Feu, Foi et Liberté était alors qualifié de tribune anti-avortement en « contradiction avec les principes fondamentaux du Québec ».
Le groupe Harvest Ministries International a formellement nié que l’activité de prières qu’il planifiait soit centré sur la thématique de l’avortement tout en reconnaissant que ses dirigeants étaient résolument pro-vie.
Cette Église poursuit depuis le gouvernement du Québec et le CCQ et leur réclame une somme de 250 000 $ pour avoir, le 2 juin 2023, résilié brutalement le contrat de location que les responsables avaient dûment signé avec le CCQ.
Pas de commentaires
Est-il possible qu’en raison de leurs engagements contre l’avortement, les Chevaliers de Colomb subissent un sort semblable?
La ministre Caroline Proulx a refusé de répondre à cette question.
« Il s’agit d’un dossier qui est judiciarisé pour lequel nous ne ferons aucun commentaire », a déclaré Brigitte Roussy, son attachée de presse. Plus tôt, en avril, la ministre Proulx avait précisé à l’agence de presse Présence qu’« étant donné le contexte de poursuite contre le gouvernement à la suite de l’annulation de l’événement d’Harvest Ministries International, nous n’allons pas formuler de commentaire concernant votre demande, à ce stade-ci. »
Le CCQ, qui annonce depuis peu la tenue du 142e congrès suprême des Chevaliers de Colomb dans le calendrier des événements qui s’y tiennent, n’a répondu qu’un bref « sans commentaire » à cette question: « Sachant les positions anti-avortement des Chevaliers de Colomb, est-il possible ou y a-t-il un risque que l’on demande aux organisateurs de ne pas tenir leur congrès d’août au Centre des congrès de Québec? »
D’autres incertitudes
Gilles Champagne, coordonnateur du secrétariat d’État des Chevaliers de Colomb du Québec ne pouvait commenter cette affaire puisque c’est le siège social de New Haven, aux États-Unis, qui anime les congrès suprêmes. Les dirigeants internationaux du mouvement ont donc signé le contrat de location des locaux du CCQ. Ce sont eux aussi qui ont réservé les chambres de trois hôtels de Québec afin d’accueillir les congressistes.
Mais ne craint-il pas que l’événement qu’il prépare depuis des mois puisse être annulé à quelques jours d’avis par le gouvernement du Québec comme ce fut le cas l’an dernier pour une Église évangélique?
« Je n’en ai aucune idée, je ne sais pas », lance-t-il. « Franchement, je ne vois pas pourquoi on ferait cela. »
Il explique que lors d’un congrès suprême, des politiciens ne sont pas invités à y prononcer des discours. Toutefois, « on a demandé aux premiers ministres du Québec et du Canada ainsi qu’au maire de Québec de rédiger un message de bienvenue » qui sera publié dans le programme du congrès remis à chaque participant. « On ne les a pas encore reçus », note-t-il. « Va-t-on les recevoir? Je ne sais pas. »
Il ajoute que lors d’un congrès suprême, l’évêque de la ville qui accueille l’événement préside habituellement une messe solennelle. « Si le congrès a lieu à Québec, c’est à la demande même du cardinal Gérald Lacroix afin de fêter le 350e anniversaire de l’archidiocèse », confie-t-il, reconnaissant que depuis janvier, l’archevêque de Québec « se fait discret ».
« Va-t-il être présent? On ne le sait pas encore », dit Gilles Champagne. « On n’obtient pas de réponse. »
« Il ne s’attendait certainement pas à recevoir cette tuile lorsqu’il a présenté sa demande », ajoute-t-il.
Le coordonnateur du secrétariat d’État des Chevaliers de Colomb du Québec ne sait pas non plus si le contrat signé avec le Centre des congrès de Québec comporte une clause spéciale interdisant la discussion de sujets controversés ou encore la participation à des manifestations publiques sur des enjeux sociaux. « Il vous faut parler avec l’équipe internationale à New Haven », insiste-t-il.
Au moment d’écrire ces lignes, le service des communications du siège social des Chevaliers de Colomb n’avait pas encore répondu aux demandes de Présence.
Culture de la vie
En 1881, un prêtre américain, l’abbé Michael J. McGivney, a rassemblé un groupe d’hommes de sa paroisse de New Haven, au Connecticut. Il leur a proposé « la création d’un organisme laïc dans le but d’empêcher les hommes catholiques d’entrer dans des sociétés secrètes contraires à l’enseignement de l’Église, d’unir les hommes catholiques et d’aider les familles des membres décédés ». L’Ordre des Chevaliers de Colomb est né l’année suivante et c’est en 1897 qu’un premier groupe (le conseil 284) est constitué à Montréal.
« Les Chevaliers de Colomb défendent la dignité de chaque être humain », indique le site Web international de ce mouvement catholique. Ils y déclarent aussi s’opposer de longue date « à toute politique ou action gouvernementale faisant la promotion de l’avortement, de la recherche sur les cellules souches embryonnaires, du clonage humain, de l’euthanasie, du suicide assisté et de toutes autres offenses perpétrées contre la vie ».
Voir aussi
Présence, Le Centre des congrès de Québec et la ministre Caroline Proulx poursuivis, 9 août 2023.
Présence, Événement religieux annulé: pas d’entente à l’amiable, 15 février 2024.
Présence, Le cardinal Gérald Lacroix se retire temporairement, 26 janvier 2024.
















































