Le 13 mars 2013, il y a 12 ans aujourd’hui, le cardinal argentin Jorge Mario Bergoglio était élu pape.
Mais que s’est-il passé exactement, 24 heures plus tôt, lorsque les 115 cardinaux électeurs se sont réunis en conclave (du latin cum clave, qui signifie sous clé, à huis clos) afin de trouver un successeur au pape Benoît XVI? Et comment se sont déroulés les scrutins qui ont finalement déterminé le nom du 266e pape de l’Église catholique?
Seuls les cardinaux présents à l’élection du pape François peuvent répondre à ces questions. Mais aucun ne le fera puisqu’à leur entrée dans la chapelle Sixtine, tous ont prêté serment d’observer le secret absolu sur toutes leurs délibérations.
«Nous promettons et jurons que nous garderons religieusement le secret envers tous sur tout ce qui se rapporte de quelque façon que ce soit à l’élection du pontife romain et sur tout ce qui sera fait ou décidé dans les congrégations des cardinaux qui ont eu lieu avant ou pendant le conclave, touchant directement ou indirectement le scrutin, et qu’en aucune façon nous ne violerons ce secret soit pendant le conclave, soit après l’élection du nouveau pontife», indique ce serment.
«Je le promets, j’en fais le vœu et je le jure», ont déclaré chacun des cardinaux présents le 12 mars 2013 dans la chapelle Sixtine.
Deux autobiographies
Le cardinal argentin Jorge Mario Bergoglio, devenu le pape François le 13 mars 2013, vient de dévoiler, dans deux livres récents, plusieurs faits significatifs qui se sont déroulés avant, pendant et après le conclave de 2013.
Dans le livre Vivre. Mon histoire à travers la grande Histoire, le pape raconte que le samedi 9 mars 2013, il a prononcé un discours de trois minutes (pas une seconde de plus, sans quoi «le microphone se déconnectera automatiquement») lors d’une rencontre de tous les cardinaux. Il a nommé quelques défis que rencontre l’Église catholique et a brossé un bref portrait du futur pape.
«L’Église est appelée à sortir d’elle-même et à aller vers les périphéries», a-t-il lancé ce jour-là.
«L’Église, quand elle est autoréférentielle, sans s’en rendre compte, croit posséder une lumière qui lui est propre», a-t-il aussi expliqué, tout en dénonçant «ce mal si grave qu’est la mondanité spirituelle».
Et le prochain pape, comment le cardinal Bergoglio l’imagine-t-il? Ce sera «un homme qui, à travers la contemplation de Jésus-Christ et l’adoration de Jésus-Christ, aide l’Église à sortir d’elle-même et à aller vers les périphéries de l’existence, qui l’aide à être la mère féconde qui vit ‘de la douce et réconfortante joie d’évangéliser’».
Une décennie plus tard, le pape François confie, non sans humour, que «ce discours a signé ma condamnation».
Ce sont «moins de trois minutes qui ont changé ma vie», peut-il dire aujourd’hui.
Dans le livre Espère, une autobiographie qui sera disponible le 26 mars au Canada, le pape assure qu’à la veille du conclave, il ne se doute aucunement de ce qui l’attend. Il se répète même que, deux semaines plus tard, il sera de retour à Buenos Aires et qu’il pourra enfin compléter ses homélies pour le dimanche des Rameaux et les célébrations de la semaine sainte. Il sourit aussi à l’idée d’écouter enfin le film de 2011 de Nanni Moretti intitulé Habemus Papam (traduction: Nous avons un pape) qu’un ami lui a remis le jour même de son départ vers Rome!
Son nom est prononcé
«Oui, je savais que j’étais, comme disent les vaticanistes, un ‘faiseur de rois’ qui, en tant que cardinal sud-américain, avait la capacité d’orienter un certain nombre de votes sur tel ou tel candidat. Mais rien de plus», écrit-il dans cette autobiographie qui devait paraître après son décès mais qui a finalement été publiée en janvier.
Avant le conclave, les journalistes qui couvraient les affaires vaticanes ne s’intéressaient aucunement à lui. Il ne s’en formalise pas, loin de là. C’est bien connu, l’archevêque de Buenos Aires, un jésuite de 76 ans, n’a aucun appétit pour les honneurs. Les papables, en cette veille de conclave, seraient plutôt «l’archevêque de Milan Angelo Scola, le cardinal de Boston Sean O’Malley, l’archevêque de San Paolo Odilo Scherer, ou encore Marc Ouellet, le cardinal canadien», écrit le pape dans son autobiographie Espère.
Il révèle qu’en soirée, le 12 mars 2013, «le conclave parvint à son premier vote, qui est traditionnellement un scrutin ‘de courtoisie’».
«On vote pour un ami, pour quelqu’un qu’on estime. Face à la présence de plusieurs candidats forts, ceux qui sont encore indécis, comme je l’étais moi-même, donnent leur vote à quelqu’un dont ils savent qu’il ne sortira pas. Ce sont en substance des votes ‘de dépôt’ en attendant que la situation se clarifie un peu. Dans ce contexte, je recueillis des voix, mais j’étais bien conscient qu’il s’agissait de votes de dépôt. J’étais parfaitement serein.»
Il confirme alors que le lendemain matin, «au deuxième scrutin, j’avais de nouveaux votes ‘de dépôt’. Et au troisième tour, encore quelques autres. On voyait que c’était une situation indécise, susceptible d’évoluer, ce qui n’avait rien pour me surprendre».
Arrive le quatrième scrutin. «Lors du dépouillement, le scrutateur a entrepris comme toujours de lire chaque nom distinctement à voix haute», un procédé que le cardinal Bergoglio trouve terriblement ennuyeux. «On dirait un chant grégorien, mais en beaucoup moins harmonieux.»
Il écoute distraitement – il préfère prier – mais il comprend que son nom est prononcé plusieurs fois. Soixante-neuf fois, lui dit-on. Mais il en faut 77 (sur 115) pour obtenir les deux tiers des votes. Dans la chapelle Sixtine, on procède alors au cinquième tour. Une bête erreur technique – deux bulletins collés l’un à l’autre – oblige les cardinaux à voter de nouveau.
Le pape raconte ensuite que des applaudissements ont fusé dès que son nom a été mentionné 70 fois, «alors que la lecture des bulletins durait encore».
«Je ne sais plus combien il y en eut exactement à la fin, je n’entendais plus rien, le bruit couvrait la voix du scrutateur.»
Alors que «les cardinaux applaudissaient encore et que le scrutin se poursuivait», le cardinal brésilien Cláudio Hummes, assis à sa gauche, lui lance: «N’oublie pas les pauvres».
«Cette phrase me frappa, je la ressentis dans ma chair. Ce fut alors que je pensai au nom de François», confie le pape dans son autobiographie.
Douze années plus tard, ce 13 mars 2025, «le pape François célèbre l’anniversaire de son élection dans une chambre de l’hôpital Gemelli», écrit ce matin Vatican News. Hier soir, le service de presse du Vatican a confirmé «les progrès constatés ces derniers jours» et indiqué que «le pape est dans un état stable».
Pape François
Espère
Albin Michel, 2025, 400 pages (En librairie le 26 mars)
Pape François
Vivre. Mon histoire à travers la grande Histoire
HarperCollins, 2024, 304 pages
















































