Le 20 octobre dernier, à Rome, Alodie Virginie Paradis est canonisée et devient sainte Marie-Léonie Paradis. La Québécoise, fondatrice des Petites Sœurs de la Sainte-Famille en 1880, rejoint 14 autres saintes et saints ayant vécu au Canada. Présent à cet événement, le chroniqueur aux affaires religieuses Alain Pronkin ouvre ses carnets de voyage.
De nombreux Québécois et Québécoises, surtout de la région de Sherbrooke, ont fait le voyage à Rome pour assister à la cérémonie de canonisation. L’archevêque de Sherbrooke, Mgr Luc Cyr, était présent, ainsi que plusieurs prêtres et évêques, dont le cardinal Marc Ouellet. Un bon nombre de religieuses des Petites Sœurs de la Sainte-Famille, venues du Québec, du Honduras et du Guatemala se sont recueillies lors de l’événement.

Sainteté rarissime
Atteindre la sainteté est une consécration pratiquement impossible pour un non-Européen. Depuis 1870, année de la fin des États pontificaux – qui marque le début de l’époque moderne de l’Église -, ce sont à peine 15% des personnes canonisées qui sont nées à l’extérieur de l’Europe. La vaste majorité, soit autour des deux tiers, est née dans trois pays : l’Italie, la France et l’Espagne.
Rappelons que toute cause de canonisation demande que deux miracles soient attribués à la personne défunte qui a mené une vie exemplaire. Le second miracle qui a permis à sainte Marie-Léonie d’accéder à la sainteté est la guérison en 1986 d’une enfant née à l’hôpital du Haut-Richelieu, à Saint-Jean-sur-Richelieu. Selon un porte-parole de la famille Paradis, des membres de la famille de l’enfant ont prié en invoquant sœur Marie-Léonie Paradis afin d’obtenir sa guérison. La miraculée désire conserver son anonymat.
Saints et saintes du Québec
Les procès de canonisation sont devenus plus sévères avec le temps. L’actuelle procédure qui inclut l’exigence de deux miracles s’applique en réalité à environ 300 canonisations, hommes et femmes confondus, en excluant les martyrs. De ce nombre, on compte 120 femmes, en grande majorité des religieuses, dont environ 50% ont fondé une communauté religieuse. Une vingtaine de ces femmes sont nées à l’extérieur de l’Europe. Seules deux d’entre elles sont nées au Québec. Il s’agit de Marie-Léonie Paradis et de Marie-Marguerite d’Youville. D’autres saintes connues au Québec sont toutefois nées ailleurs, comme Kateri Tekakwitha en Nouvelle-Angleterre, et Marie de l’Incarnation en France.
Saint André Bessette, bien connu en tant que frère André, est le seul homme canadien né au Québec à avoir été canonisé. Le père Claude Grou, ancien recteur de l’Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal, raconte que le frère André a discuté avec Marie-Léonie Paradis, en 1912, quelques mois avant le décès de cette dernière. Cette discussion a eu lieu sur le terrain même de l’Oratoire. À cette époque, seule la chapelle du frère André était érigée.
Les corps des canonisés, des reliques sacrées
Les corps des saints sont sacrés. L’autel de chaque église comporte les reliques d’une personne sainte. Certains autels ont été construits au-dessus de corps de saints, comme à la basilique Saint-Pierre de Rome, où les reliques de l’apôtre Pierre se trouveraient sous le baldaquin. Ainsi, bien que Marie-Léonie Paradis soit née à L’Acadie, un village qui fait partie du territoire du diocèse de Saint-Jean-Longueuil, son décès dans l’archidiocèse de Sherbrooke fait en sorte que son corps repose à la cathédrale. Les évêques de Saint-Jean-Longueuil et de Sherbrooke étaient tous deux présents aux fêtes entourant la canonisation de Marie-Léonie.
Les sans-abri et sainte Marie-Léonie
Sœur Rachel Lemieux, vice postulatrice pour la cause de canonisation, a bien voulu répondre à notre question concernant l’attitude qu’aurait eu la sainte devant les campements d’itinérants sur la rue Notre-Dame à Montréal. À son avis, Marie-Léonie aurait attendu que ces personnes viennent à elle, en respectant son obligation d’accueil de toute personne en détresse. Elle aurait aidé selon ses ressources et ses capacités, car c’était là son engagement profond: aider quiconque lui demande.
Les campements sont une réalité partout, du Québec jusqu’au Vatican. Pas loin de la salle de presse du Vatican, il y a quelques années, on ne retrouvait que des sacs de couchage bien pliés. Maintenant, on y trouve un campement. Il n’a pas été démantelé, car l’accueil est un élément essentiel de l’œuvre du pape François. Comme pour Marie-Léonie Paradis, nouvelle sainte québécoise.
















































