Chapelle ardente pour le dominicain

Des centaines de personnes défilent devant la dépouille de Benoît Lacroix

  • Des centaines de personnes ont défilé devant la dépouille du père Benoît Lacroix le 9 mars 2016, exposée dans l'église conventuelle Saint-Albert-le-Grand, à Montréal.
  • Des centaines de personnes ont défilé devant la dépouille du père Benoît Lacroix le 9 mars 2016, exposée dans l'église conventuelle Saint-Albert-le-Grand, à Montréal.
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2016-03-09 20:43 || Québec Québec

Quelques centaines de personnes ont défilé, dès 14 h 30 ce mercredi, devant la dépouille du père Benoît Lacroix, exposée en chapelle ardente dans l'église conventuelle Saint-Albert-le-Grand.

C'est dans ce couvent montréalais que le dominicain, décédé il y a une semaine, vivait depuis 1960. C'est aussi dans cette église que, le 8 septembre 2015, le père Lacroix a fêté son 100e anniversaire de naissance.

Il confiait ce jour-là que «l'humanité croit trop à la violence et pas assez à l'amour». Mais, avait-il ajouté avec optimisme et certitude, «la lumière aura toujours le dessus». Et c'est à un homme lumineux, enjoué, curieux de tout et attentif aux autres que les gens ont tenu à rendre hommage aujourd'hui.

«J'étais postulante quand je l'ai connu», dit la religieuse dominicaine Jeannette Léger. «Notre communauté est arrivée au Canada en 1940 et il est venu chez nous à plusieurs reprises, il y a prêché des retraites». C'était un homme simple, qui «ne se prenait pas pour quelqu'un d'autre», lance-t-elle. «Mais il était profondément dominicain car il cherchait toujours la vérité, la vérité des gens, la vérité des situations.»

Les nombreux éloges entendus depuis une semaine au sujet du dominicain montrent bien combien «il a marqué les gens d'ici par son attention aux personnes», ajoute la religieuse. «Dans notre Québec actuel, qui a un peu perdu de vue les valeurs de la foi chrétienne, il aura porté le témoignage qu'un croyant peut être aussi un être humain profondément libre.»

Serge, un solide gaillard qui préférait ne pas donner son nom, tenait à rendre hommage au père Lacroix. «C'est lui qui a baptisé notre fille», dit-il, encore ému par l'attention qu'il a manifestée à sa famille. «C'était un être d'exception, d'une grande profondeur. Il avait toujours le bon mot devant toutes les situations. Lorsque tu le quittais après une discussion, tu étais réconforté ou bien tu avais trouvé une solution grâce à ses propos.»

L'auteure Marguerite Lescop, elle aussi âgée de 100 ans, tenait à saluer son grand ami. «Vous savez, c'était mon confesseur», dit-elle. En 2006, les réflexions de Marguerite Lescop et de Benoît Lacroix, tous deux alors âgés de 90 ans, ont été publiées par Fides sous le titre Nous, les vieux.

Présidente du Centre culturel chrétien de Montréal, Louise-Édith Tétreault raconte qu'elle a discuté avec Benoît Lacroix le dimanche qui a précédé son hospitalisation. Elle a révisé avec le dominicain un texte qu'il avait rédigé pour le prochain numéro de Rencontre, la revue de l'organisme. «Il m'a semblé en bonne forme», se rappelle-t-elle.

«Le père Lacroix représente ce qu'on veut encore aimer de la religion, soit la compassion, l'amour, la spiritualité, l'intelligence, l'esprit. Il ne rappelait rien des côtés que les gens ne veulent plus considérer. C'est probablement le prêtre qui a eu, ces dernières années, le plus grand impact auprès des gens et de la société. C'est un monument intellectuel. Il a laissé une oeuvre littéraire importante et je souhaite qu'on la redécouvre.»

Pour la présidente du CCCM, l'homme «aurait certainement mérité des funérailles nationales». Elle se dit heureuse que ses funérailles aient lieu dans cette église. «C'était ici sa maison.»

Tout près du cercueil du père Lacroix, assise dans les premiers bancs de l'église, Esther Gagné, une petite cousine, reconnaît qu'elle n'a pas beaucoup connu son célèbre parent, d'une autre génération. «Mais avant Noël, j'ai pu le rencontrer. Nous avons mangé ensemble. J'ai l'impression de l'avoir toujours connu. Il ressemble tant à ma grand-mère.» Elle explique que les deux avaient convenu de se revoir de nouveau en mars.

À l'extérieur de sa résidence depuis un bon moment, Esther Gagné n'a pris connaissance de son courrier qu'avant-hier. Une lettre de Benoît Lacroix s'y trouvait. Elle était datée du 18 février. «J'ai hâte qu'on puisse échanger de nouveau», écrivait-il à sa parente. «Les souvenirs feront le reste.»

Conseiller éditorial chez Bayard et Novalis, Jacques Lison regrettait de ne pouvoir être présent dans cette église des dominicains. «Si les hommes et les femmes d'Église étaient aussi libres, heureux et humanistes dans leur foi que le père Lacroix, notre société en serait bouleversée. Quelqu’un vient de me décrire le père Lacroix comme l’un des Pères de l’Église du Québec. Mon vœu le plus cher est que celle-ci s’en souvienne jusqu’à cultiver et faire fructifier l’esprit qu’il lui a inculqué», a-t-il confié à l'agence de presse Présence.

Les funérailles du dominicain Benoît Lacroix seront célébrées jeudi, à 14 h.

L'église Saint-Albert-le-Grand pourra accueillir 400 personnes, tandis que 200 autres prendront place dans l'auditorium du couvent des dominicains, au sous-sol. La comédienne Sophie Faucher, l'historien Guy Laperrière et la présidente du Centre étudiant Benoît-Lacroix, Sabrina Di Matteo, prononceront de courts témoignages au début de la cérémonie. La chroniqueuse Josée Blanchette, grande amie du père Lacroix, lira un texte biblique. C'est André Descôteaux, prieur provincial des dominicains, qui prononcera l'homélie.

 

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