Le Musée de l’Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal propose une nouvelle exposition qui invite le public à découvrir autrement l’un des lieux de pèlerinage les plus connus du Québec. Histoires d’Oratoire réunit plus de 300 artefacts, vidéos d’archives, photographies et témoignages qui permettent d’explorer sous divers angles l’histoire, la vie quotidienne et la spiritualité du célèbre sanctuaire montréalais.
Présentée comme une porte unique sur un héritage précieux, l’exposition souhaite dévoiler des trésors et des souvenirs méconnus, selon le recteur de l’Oratoire, le père Bernard Antoine, c.s.c. Lors du vernissage le 26 novembre dernier, il a expliqué que «l’exposition ne présente pas juste des objets, elle fait entendre des voix : celles de femmes et d’hommes qui, à travers leurs récits, dévoilent des fragments de mémoire, des expériences de foi, des gestes de dévotion et autant d’histoires humaines qui ont façonné l’histoire de l’Oratoire».
Une exposition née d’une «série d’étincelles»

Pour Chantal Turbide, directrice du Musée et conservatrice du patrimoine artistique, l’exposition est le résultat d’un long processus marqué par des rencontres déterminantes. Elle parle d’une «série d’étincelles» : l’envoi par une ancienne collègue des appels à projets de Musées numériques Canada, le souhait de collaborer avec le réalisateur Étienne Desrosiers et le désir de ce dernier de travailler à une exposition virtuelle.
Au fil des discussions, l’Oratoire s’est imposé comme sujet. Le projet s’est ensuite déployé sur plus de sept ans, bouleversé entre autres par la pandémie de Covid-19. «Sortir de la zone de confort» résume bien, selon la directrice, l’esprit de cette aventure créative et technique à laquelle l’équipe du Musée, les religieux de la Congrégation de Sainte-Croix et plusieurs partenaires ont collaboré.
L’exposition virtuelle, a expliqué Mme Turbide, s’inscrit dans la volonté du sanctuaire de rendre ses espaces accessibles au plus grand nombre, qu’il s’agisse de personnes vivant loin de Montréal, de visiteurs à mobilité réduite, de personnes malvoyantes ou malentendantes.
Une exposition en trois segments
L’exposition est construite selon une structure souple : les contenus peuvent être abordés par lieux, par thèmes ou de manière chronologique, ce qui permet au visiteur de façonner sa propre expérience.
La première partie est une visite virtuelle en trois dimensions. Grâce à une maquette de l’Oratoire, les visiteurs peuvent découvrir les espaces principaux du sanctuaire. Les images en haute définition sont accompagnées de musiques ou de témoignages captés dans les lieux. Sans être révolutionnaire, il s’agit en effet d’une manière d’accéder au site de n’importe où dans le monde.
La deuxième section, «Il était une fois», propose dix récits qui explorent autant de facettes de la vie de l’Oratoire, telles que l’expérience du pèlerinage, les travailleurs de l’ombre, la musique ou encore l’art. Chaque histoire est racontée à partir d’images, d’objets et de témoignages, donnant une dimension humaine au sanctuaire bâti. Dans la section «La vie de frère André», par exemple, on découvre un montage vidéo de pèlerins – enfants et adultes – venant au sanctuaire en espérant une guérison, une vidéo de frère André et son ami Paul Corbeil se balançant sur un balcon, des photos du frère et de ses reliques, un ex-voto, etc.
La dernière section présente plus de 300 objets issus des collections du Musée. Si l’accent est mis sur les XIXᵉ et XXᵉ siècles, la chronologie présente néanmoins des objets remontant jusqu’au XVe siècle. Pour Alexis Roy, chargé de projet au Musée, Histoires d’Oratoire offre un outil qui permet au public «d’observer des pièces de collection peu ou jamais montrées».
L’une des particularités de l’exposition est la possibilité de retrouver un même artefact ou un même témoignage à différents endroits, selon que l’on choisisse un parcours thématique, chronologique ou spatial.

Un patrimoine humain
Au-delà des objets, ce sont les voix qui donnent à Histoires d’Oratoire sa profondeur. Plusieurs témoignages touchants, surprenants et même drôles permettent de mieux comprendre le quotidien du sanctuaire. On retrouve par exemple le témoignage de Sonia Elias, commis générale, dans la vidéo «Béni sois-tu en ligne». Elle y explique comment les objets commandés dans la boutique en ligne, surtout l’huile de saint Joseph, sont bénis par un prêtre avant leur envoi. Cette plongée dans les coulisses du sanctuaire montre la dimension humaine d’un processus qui reste autrement invisible.
Les autres témoignages sont ceux de prêtres, d’autres employés anciens ou actuels, de pèlerins ou de visiteurs. Certaines vidéos présentent quant à elle la foi qui anime les murs, comme une lecture à deux voix de quelques-unes de la multitude de requêtes adressées à saint Joseph. Leur inclusion dans cette exposition et, espérons-le, dans les archives de l’Oratoire, permet de sauvegarder un aspect humain, vivant et émotionnel de la vie au sanctuaire.

Un complément physique
L’exposition virtuelle est accompagnée d’une vitrine muséale d’une quinzaine de mètres, installée au quatrième étage du pavillon d’accueil. On peut y découvrir une sélection d’objets liés à l’exposition virtuelle, chacun accompagné d’un code QR permettant d’accéder à son histoire complète. Si ce lien entre objet physique et incarnation virtuelle permet d’approfondir la visite, il présente certaines limites. Pour les visiteurs sans téléphone intelligent, ou simplement un peu pressés, l’absence de notices explicatives peut rendre la compréhension des objets plus difficile.
En bref, en rassemblant des objets, des récits et des voix rarement entendues, Histoires d’Oratoire donne à voir et à entendre une facette importante de l’histoire montréalaise et québécoise, ce qu’a souligné le père Antoine. Lors de son allocution, il a en effet signalé que l’exposition met en lumière une «richesse artistique, historique et spirituelle qui témoigne de la vitalité de notre patrimoine». Il a rappelé que les collections du Musée appartiennent autant à l’institution qu’à la mémoire collective de Montréal et qu’il était essentiel de préserver, transmettre et faire vivre ce patrimoine.
















































