Ma précédente chronique portait sur le monde des collectionneurs de manuscrits des XIXe et XXe siècles. Dans le monde de la collection comme ailleurs, tous ne sont pas vertueux. Prenons l’exemple de Samuel Millington Miller, voleur d’un manuscrit et intermédiaire douteux dans les réseaux québécois de la collection. D’autres cas sont plus nébuleux, comme celui de Jean-François Hubert, ancien évêque de Québec. Ébauche d’une recherche sur ce collectionneur qui abusait peut-être du prestige que lui offrait sa position.
Carrière ecclésiastique
Né à Québec en 1739, alors que la colonie était encore française, Jean-François Hubert fait ses études dans sa ville natale et entre en théologie au Grand Séminaire de Québec en 1755. Toutefois, son parcours est interrompu par la guerre de la Conquête en 1759. Il se réfugie alors avec d’autres étudiants au Séminaire de Montréal, où il poursuit sa formation, avant de pouvoir retourner à Québec.
Hubert est agrégé au Séminaire de Québec en 1765. Un an plus tard, il reçoit l’onction sacerdotale. En plus de remplir diverses tâches au Séminaire, il est secrétaire de l’évêque Jean-Olivier Briand. Toutefois, ce sont les missions dans les communautés autochtones qui l’intéressaient. Il quitte donc Québec en 1778 pour la mission des Illinois. L’année suivante, il est nommé curé à l’île d’Orléans. Quelques années plus tard, en 1781, il remplace feu le père jésuite Pierre Potier à la paroisse Notre-Dame-de-l’Assomption, près de Détroit, paroisse qu’il avait d’ailleurs déjà visitée pendant son séjour aux Illinois.
En 1784, Hubert repart vers Québec quand il apprend sa nomination comme coadjuteur de l’évêque, nomination qui prend deux ans avant d’être approuvée. Il devient finalement évêque de Québec en 1788. À la tête de son diocèse, il aura à jongler avec différentes problématiques, comme le manque de prêtres et un contexte tendu avec les autorités britanniques. Hubert meurt en 1797.
Un penchant pour la collection
Ainsi, en 1781, Hubert remplace Potier, dernier membre de la Compagnie de Jésus à travailler dans la région de Détroit auprès des Autochtones et des colons. Selon l’inventaire fait après la mort du jésuite, sa maison avait certes besoin de réparation, mais elle était bien remplie. Il est question de plusieurs livres, dont des manuscrits.
Pour exercer ses fonctions dans la paroisse, Hubert reçoit la permission de l’administration jésuite (dans une convention signée avec le père Casot) de se servir, « sans rendre en compte à personne », des meubles, provisions et bâtiments de feu Potier. On lit aussi dans la convention qu’il « pourra donner aux pauvres, ou faire vendre au profit de l’Église et des pauvres, ceux des meubles qui lui seroient inutiles ou à charge ».
Hubert reste donc jusqu’en 1784 à Notre-Dame-de-l’Assomption, avant d’être remplacé par le prêtre François-Xavier Dufaux, au moment d’être nommé évêque coadjuteur. Trois ans après le départ du nouvel évêque, il semble que l’ancienne demeure de Potier s’était bien vidée, et que Hubert n’avait pas terminé d’y prendre des biens. En effet, dans une lettre de 1787, Dufaux écrit au monseigneur qu’il allait sur son ordre se rapporter à un certain Mr Payet pour les biens laissés à l’Assomption en plus de remettre à ce dernier les manuscrits du père Potier. On trouve d’ailleurs aujourd’hui aux Archives du Séminaire de Québec, au Musée de la civilisation, 15 manuscrits de Pierre Potier avec l’étiquette ex-libris de la bibliothèque de Hubert (« A la Cure de Québec, Bibliothèque de Monseigr. HUBERT »).
Toutefois, selon la convention signée entre Hubert et les jésuites, il ne semble pas que Hubert ait eu le droit d’apporter avec lui des biens de Potier s’il venait à quitter la paroisse puisque « si quelque jésuite étoit envoïé dans la suite des tems en mission au Détroit, monsieur hubert ou son successeur remettra à ce missionnaire jésuite ce qui restera des meubles et bâtiments, les cours et jardins portés au dit inventaire; et dans l’état où ils se trouveront alors: d’ou il s’en suit que monsieur hubert, ni ses successeurs n’aliéneront aucun terrein, ni bâtiment ». Ce qu’il devait advenir des documents n’est toutefois pas clair.
Est-ce que Hubert aurait outrepassé les termes de la convention? Des années plus tard, l’abbé Anselme-Hospice Verreau, entre autres archiviste, indique en commentant une lettre de l’évêque que ce dernier « se considérait bel et bien comme le maître des biens des Jésuites ». Quant à Jacques Viger, premier maire de Montréal, il écrit que Hubert a cru sans doute qu’il héritait non seulement des dîmes, mais aussi des manuscrits du jésuite, qu’il « descendit en toute conscience à Québec ». Il semble donc qu’il y ait eu une mauvaise interprétation ou une certaine liberté de la part de l’évêque quant à l’appropriation de certains manuscrits de Potier.
Une intrigante mention
Là n’est toutefois pas la mention la plus intrigante par rapport à monseigneur Hubert. En effet, au détour d’une recherche en archives, je suis tombée sur le livre La vie de Catherine Tekakwitha, Vierge Iroquoise. Par R. P. Burtin (1894). À la page 64, on lit que si la plupart des ossements de la désormais sainte se trouvaient dans la sacristie de l’église du Sault Saint-Louis (Kahnawá:ke), l’authentique des reliques (un document permettant de bien les identifier), avait disparu : monseigneur Hubert l’ayant fait demander… mais ne l’ayant jamais rendu.
Une question demeure donc : est-ce que Hubert aurait profité de sa position de pouvoir pour combler ses envies de collectionneur? C’est une histoire à approfondir.
Sources : Archives du Séminaire de Québec au Musée de la civilisation.
















































