Après avoir frôlé la fermeture en 2023, le Centre d’études du religieux contemporain (CERC) de l’Université de Sherbrooke se réinvente avec une nouvelle structure plus collaborative. Ses projets innovants visent à attirer une nouvelle génération étudiante.
Il y a à peine deux ans, l’avenir du CERC était menacé. En novembre 2023, la haute direction avait annoncé la fin des nouvelles admissions aux programmes offerts par le Centre. Selon Jacques Quintin, directeur par intérim du CERC, les instances universitaires s’inquiétaient de la capacité du CERC à accompagner l’ensemble de la clientèle étudiante, voyant que plusieurs professeurs se dirigeaient vers la retraite.
Cette décision, qui aurait conduit à la fin des études religieuses à Sherbrooke, a soulevé un tollé médiatique et mobilisé la communauté universitaire. Dans une lettre ouverte, plusieurs spécialistes en science des religions ont dénoncé une décision «faite de manière intempestive, sans collégialité ni explications claires ou convaincantes.»
Une renaissance inattendue

Curieusement, cette crise aura été bénéfique pour le Centre. Contrairement aux appréhensions du CERC, la couverture médiatique a entraîné une hausse des inscriptions. «On aurait pensé que, vu les annonces dans les médias, il n’y aurait pas de nouvelles inscriptions. Mais non, ça a augmenté», observe M. Quintin.
Du côté de la direction de l’université, un sursis concernant la fermeture des inscriptions a rapidement été accordé, permettant d’accueillir les nouveaux étudiants. Pendant ce temps, les facultés de droit, de médecine et de sciences humaines ont uni leurs forces pour assurer la pérennité du Centre et de ses programmes.
«En droit, la religion est très importante. Il y a beaucoup d’enjeux qui tournent autour de la religion : le port du voile, la laïcité», souligne le directeur. «En médecine, c’est tout l’enjeu entourant les soins spirituels, les intervenants en soins spirituels.» Cette convergence d’intérêts a permis de démontrer la viabilité économique du programme.
Une nouvelle structure collaborative
La restructuration du CERC autour de ces trois facultés partenaires représente une innovation dans le paysage universitaire québécois. «C’est original, ça n’existe pas ailleurs à ma connaissance», confirme M. Quintin. Cette configuration a été pensée pour faciliter la gestion administrative et pédagogique, tout en préservant l’interdisciplinarité qui fait la richesse des programmes.
Dans le but d’élargir son corps enseignant, une entente stratégique a été conclue avec l’Université Bishop’s. «On a contacté le nouveau recteur, qui est un ancien de la faculté de droit d’ici, le professeur Grenier», raconte le directeur. Cela permettra de diversifier les possibilités de recherche.
Une clientèle unique et diversifiée
Le CERC se distingue par la diversité exceptionnelle de sa clientèle étudiante. «Nos étudiants viennent de multiples horizons», explique M. Quintin. «On a des biologistes, des historiens, des gens en sciences politiques, des philosophes, des anthropologues, des sociologues, des médecins.» Cette pluridisciplinarité, loin de représenter un obstacle, constitue l’une des forces du programme.
«Souvent, c’est un deuxième parcours, c’est un projet de retraite, ou un projet de vie», précise le directeur. La moyenne d’âge élevée des étudiants s’accompagne d’une motivation précise : «Les gens ne sont pas nécessairement là pour devenir professeurs ou chercheurs, mais ils le font pour eux.»
Cette diversité représente un défi méthodologique, notamment pour les étudiants qui proviennent de disciplines où la dissertation n’est pas pratiquée. Pour faciliter leur transition, le Centre offre des cours de méthodologie.
Des projets d’avenir ambitieux
Le CERC, après avoir retrouvé sa stabilité, s’engage dans une vision stratégique innovante et centrée sur les préoccupations actuelles. Le projet phare consiste en la refonte du programme de maîtrise, qui se concentrera davantage sur la santé.
«On pense que la santé ou la maladie est un créneau dans lequel les gens vivent beaucoup d’expériences spirituelles», justifie M. Quintin. «Quand vous recevez un diagnostic de cancer, vous pensez à votre mort, même si le médecin dit que ça va bien aller.» Cela montre l’importance des liens entre la spiritualité et le bien-être, comme les médecines alternatives et la méditation.
Pour attirer une nouvelle génération d’étudiants, le Centre mise sur l’innovation pédagogique. Cet hiver, un cours intitulé Le religieux dans les médias se concentrera sur le cinéma et permettra aux étudiants d’analyser des films. «Je pense que ça devrait rejoindre beaucoup de gens», espère le directeur, qui envisage d’étendre cette approche au théâtre, à la musique et à la danse.
Défis et opportunités
Bien que le CERC connaisse une croissance encourageante, il est confronté aux mêmes défis que tous les autres petits départements, notamment celui du recrutement. L’équipe explore diverses options pour y remédier, telles que l’attraction des bacheliers en psychologie qui ne pourraient pas poursuivre d’études aux cycles supérieurs dans cette même discipline.
«Il y a beaucoup de gens qui étudient la psychologie au bac, mais très peu sont élus pour le doctorat», observe M. Quintin. «Ces gens-là pourraient avoir de l’intérêt à venir chez nous, soit comme intervenants spirituels, en psychologie de la religion ou en relation d’aide.»
Le centre développe également des liens internationaux (Chili, Afrique, France) tout en développant des projets de publication pour accroître sa visibilité scientifique.
Un modèle pour l’avenir
L’évolution du CERC montre la capacité d’adaptation des universités face aux défis actuels. Ce centre se distingue en adoptant une approche collaborative et pluridisciplinaire, ce qui favorisera ainsi l’émergence de sciences religieuses plus ouvertes et inclusives.
«Même si c’est important qu’on ait encore des théologiens», souligne M. Quintin, «on ne peut pas continuer comme avant, comme une faculté de théologie traditionnelle.» Grâce à ses finances stables, à son approche novatrice et à ses projets audacieux, le CERC semble maintenant bien équipé pour évoluer dans le paysage universitaire actuel. Cette transformation réussie pourrait inspirer d’autres établissements confrontés à des défis similaires.















































