Dans un article de Louis Cornellier pour Présence, ce dernier écrit qu’en 2019, selon Statistique Canada, 18 % des répondants catholiques québécois affirmaient pratiquer leur religion, alors que d’autres enquêtes en arrivent à un taux de 5 % de pratiquants hebdomadaires. Ces chiffres sont en décroissance depuis des années.
Il arrive donc régulièrement que des personnes non croyantes ou non pratiquantes se retrouvent, pour différentes raisons (héritage, ménage, etc.), en possession de divers objets religieux catholiques, tels que des objets de dévotions ou des livres sacrés. Ou encore que des personnes, bien que croyantes, se retrouvent avec un objet religieux non désiré – un énième crucifix, une statue démodée – pour des raisons similaires. Comment faire pour bien s’en départir, dans le respect de leur conception et de leur utilisation ? Caroline Tanguay, directrice au Département des services administratifs aux fabriques à l’archidiocèse de Montréal, a détaillé pour nous les éléments dont tenir compte et les endroits où déposer les objets encore utiles.
Écoutez la chronique (extrait de l’émission Foi et turbulences du 11 avril 2024).
Réutiliser les objets grâce à la réserve diocésaine
Mme Tanguay présente d’abord la réserve diocésaine, créée en 1978 pour récupérer tous les objets d’églises ayant été démolies, vendues ou réaménagées. Cette réserve est gratuitement à la disposition des paroisses du Québec et même parfois de l’Ontario. On peut y donner des objets mais aussi en prendre (un don peut être offert si cela est jugé raisonnable). Certains objets comme des petits crucifix ou quelques livres récents sont quant à eux vendus à la cathédrale de Montréal à un prix modique; les objets de dévotions sont en effet particulièrement intéressants pour les particuliers quand ils sont plus anciens.
La réserve ne fait pas affaire qu’avec les paroisses, mais aussi les individus voulant se départir d’objets religieux qui peuvent encore servir. L’abbé Julien Huron (qu’on peut rejoindre au 514-925-4300 poste 466 ou par courriel à ) est actuellement chargé de cette réserve. Normalement, ce ne sont que quelques objets qui y sont déposés, mais selon Mme Tanguay, il est déjà arrivé que la réserve accueille beaucoup d’objets en une seule fois. Elle raconte ainsi l’histoire d’une femme défunte qui avait une dévotion spéciale pour un saint. Elle avait tout de ce saint : de la médaille à la statue de six pieds de haut : le diocèse a tout accueilli pour que ce soit réutilisé. On peut donc déposer dans cette réserve crucifix, statues, chapelets… Il est aussi possible de contacter sa propre paroisse pour voir s’il y a un intérêt.
Est-il possible de vendre ou d’acheter des objets d’église ? Dans un article de La Presse, Mme Tanguay expliquait que les objets de la réserve diocésaine sont réservés à l’usage liturgique. « Pas question de le vendre à des antiquaires, même s’il arrive que certaines églises écoulent leur stock en douce, histoire d’arrondir leurs fins de mois. On a vu ça dans les campagnes, entre autres », déplore-t-elle. « Mais c’est techniquement interdit, car ces antiquités sont sacrées. » Bien que la vente soit interdite, il reste que des objets religieux comme des reliques sont régulièrement mis en vente aux enchères, comme l’a souligné une série d’articles sur Présence.
Se départir correctement d’objets chez soi
Si un objet dont on veut se départir est brisé ou qu’il est trop compliqué de contacter la réserve ou une paroisse, il faut d’abord considérer un élément important avant de déterminer quoi faire : est-ce que l’objet est béni ou non ?
Comment savoir si un objet est béni ? Malheureusement, il n’y a pas d’étiquette pour le mentionner, mais dans le doute, il vaut mieux prendre des précautions. Jadis, les chapelets étaient souvent achetés dans des magasins de piété : ainsi, quand un objet est assez ancien, on peut supposer qu’il est béni.
Une bénédiction n’est toutefois pas éternelle: si un objet est mal utilisé, elle se perd. Mme Tanguay souligne ainsi qu’« une bénédiction ne se perd pas avec le temps. Les raisons qui peuvent faire perdre une bénédiction à un objet sont les suivantes : l’objet a été profané, l’objet religieux a été vendu ou l’objet religieux est trop abîmé. » L’objet vendu peut être béni de nouveau.
Dans le cas d’objets bénits, s’ils ne sont plus utilisables, il faut les brûler si leur matière le permet. « Cette façon de faire vise à souligner la finalité sacrée de ces objets avec retour à la terre dignement. En traitant les objets sacrés de cette manière, d’une part nous reconnaissons cette vérité, et d’autre part nous honorons la bénédiction que le prêtre ou le diacre a posée sur ces objets en appelant sur eux la bénédiction de Dieu », explique la directrice. Il est d’ailleurs possible de séparer les parties d’un objet, comme brûler le bois et enterrer le métal. Il y a aussi eu une époque où les images saintes étaient collectionnées : elles n’étaient pas toujours bénites, mais dans le doute, on peut les brûler pour s’en départir.
S’il vaut mieux réutiliser les objets qui peuvent l’être, des objets non bénis peuvent être jetés, comme des crucifix en plastique ou des statues en plâtre – d’autant plus s’ils sont cassés et n’ont pas de valeur patrimoniale.
Bibles ou livres à caractères religieux
Les livres comme des bibles ou des catéchismes ne sont pas, règle générale, récupérés par le diocèse. Une manière de s’en départir pour réutilisation est de contacter l’organisme Jésus-Marie-et-notre-temps. Si ce n’est pas possible de donner ce type de livres, il est tout à fait possible de les mettre à la récupération.
Reconvertir les objets religieux : possible à certaines conditions
Peut-on reprendre des objets de dévotion et les utiliser à un autre dessein ? L’article 1171 du Droit canonique résume le tout : « Les choses sacrées qui sont destinées au culte divin par une dédicace ou une bénédiction seront traitées avec respect et ne seront pas employées à un usage profane ou impropre, même si elles sont la propriété de personnes privées. »
Il serait donc possible d’utiliser une croix pour la monter en collier, ou encore utiliser un banc d’église dans une maison, selon Mme Tanguay, mais il faut faire attention à ne pas choquer et penser à l’utilisation première des objets. Ainsi, utiliser un rosaire pour faire une anse de sac ou un confessionnal pour faire un bar, c’est non, selon l’Église. Même si un objet perd sa bénédiction dès le moment où il a un usage profane, il reste néanmoins porteur de sa symbolique.
















































