Qui est l’auteur du tout premier film sonorisé au Québec?
L’archiviste Marc-André Dénommée, de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), n’hésite pas une seconde. C’est évidemment Maurice Proulx (1902-1988), un professeur d’agronomie à l’École supérieure d’agriculture de Sainte-Anne-de-la-Pocatière. Et aussi un prêtre.
Son film, qui est aussi le premier long métrage documentaire québécois, s’intitule En pays neufs.
Présentée et commandée par deux ministères québécois, celui de la Colonisation et celui de l’Agriculture, cette production de 66 minutes montre le quotidien des familles qui ont choisi de s’établir en Abitibi, notamment à Sainte-Anne de Roquemaure. Elles ont conquis la forêt, bâti d’humbles mais confortables demeures et gèrent dorénavant des fermes que l’on dit florissantes, y raconte-t-on.
En pays neufs n’est qu’un des dizaines de films et des images d’archives tournés par ce prêtre, un pionnier dont les œuvres ont été largement oubliées.
Une telle constatation désole Marc-André Dénommée. L’archiviste a fouillé l’imposant fonds d’archives laissé par ce prêtre du diocèse de Sainte-Anne-de-la-Pocatière. Il entend aujourd’hui, grâce à BAnQ, le mettre en valeur afin de raconter l’apport exceptionnel de ce clerc à la « science cinématographique ».
Cinéma éducatif
« La grande passion de Maurice Proulx, c’est l’agronomie. » C’est ce qu’il enseigne au collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière. Mais rapidement, le jeune professeur va intégrer le cinéma à ses cours.
« Il va se mettre à filmer les champs et il va démontrer comment le cinéma peut servir l’enseignement qu’il donne », dit l’archiviste Dénommée.
« Qu’en 1930, en pleine crise économique, un Canadien-français trouve le moyen d’obtenir une bourse pour aller étudier aux États-Unis, c’est déjà remarquable », dit-il. Le jeune prêtre n’y entreprend pas des études théologiques mais cherche plutôt à y obtenir un doctorat en agronomie.
« Lors d’un cours, un conférencier venu d’Angleterre présente un film muet », raconte Marc-André Dénommée. Ce sera une révélation pour lui: les images cinématographiques ont leur place dans les salles de cours.
Un pionnier
Encore faut-il que le prêtre se procure une ciné-caméra. C’est ce qu’il fera à New York, après avoir obtenu les sommes nécessaires des autorités de son collège.
« Il est seul là-bas. Il ne maîtrise pas bien l’anglais. Et personne ne peut lui montrer comment utiliser la caméra Kodak qu’il vient de s’acheter. » Cela ne l’empêche pas de lire et d’étudier chacune des pages – en anglais, bien sûr – du livret du manufacturier. Après maints essais et erreurs, « il réussit à tourner ses premiers films ainsi. »
Ce cinéaste autodidacte « n’a pas d’équipe ». Pas de perchiste, pas d’éclairagiste. Sa méthode est toute simple, indique l’archiviste. « Il s’émerveillait et dès qu’un élément attirait son œil, il sortait sa caméra et filmait. »
Proche collaborateur du premier ministre libéral Adélard Godbout, un ami, l’abbé Proulx sera l’un des pionniers de l’Office du film du Québec et il dirigera le Service de ciné-photographie de la province de Québec.
Le jeune agronome qui est envoyé en Abitibi afin d’accompagner les nouveaux colons en ramène le fim En pays neufs qu’il présentera, bien sûr, dans les cours qu’il enseigne mais aussi partout au Québec. L’objectif avoué de son documentaire est de convaincre d’autres chefs de famille, malmenés par la crise économique, de rejoindre le mouvement de colonisation.
Dans les années 1940 et 1950, l’autodidacte Maurice Proulx sera reconnu comme le cinéaste officiel du gouvernement unioniste de Maurice Duplessis.
Nombreuses œuvres
Sa production sera très importante. « Quand l’abbé Proulx décède, BAnQ a acquis des films inédits », raconte Marc-André Dénommée. Pas quelques bobines oubliées ou inachevées, mais plus de 150 films et images « jamais diffusés pour le grand public et qu’il gardait dans ses archives personnelles ».
Ce sont tous ces films que BAnQ offre dorénavant au public. Marc-André Dénommée les présente dans un billet intitulé S’émerveiller du Québec avec l’abbé Proulx.
Les titres de ses œuvres font souvent référence à l’agriculture, comme La betterave à sucre (1942), La chimie et la pomme de terre (1949) et La culture maraîchère en évolution (1961). Quelques titres, mais c’est loin d’être la majorité, font référence à des événements religieux comme ces deux films réalisés en 1951 sur la consécration épiscopale du premier évêque de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, Mgr Bruno Desrochers, et sur la proclamation du dogme de l’Assomption.
Références
- Maurice Proulx, En pays neufs, Ministère de la Colonisation, Ministère de l’Agriculture, 1934-1937.
- BAnQ, Fonds Maurice Proulx.
- BAnQ, Les films de Maurice Proulx.
- BAnQ, Images et films de l’abbé Proulx.
















































