Le troisième et dernier film de Downton Abbey, la grande finale, est actuellement présenté sur les écrans du monde et ceux du Québec. Allez le voir! Peut-être vous fera-t-il pleurer, comme moi, mais aussi réfléchir sur ce qui compte vraiment dans nos vies. Car au-delà de ses qualités cinématographiques, ce dernier opus met en scène des valeurs profondément humaines et, oserais-je dire, évangéliques.
La clôture d’une saga familiale
Downton Abbey raconte la vie et les tourments d’une famille aristocratique de la vieille Angleterre durant le premier tiers du 20e siècle. Alors que tout change autour d’elle (modernité, revendications sociales, moyens de communication, etc.), elle doit s’adapter pour ne pas disparaître.
La grande finale porte bien son titre, car il s’agit du point d’orgue d’une longue saga: une série télévisée étalée sur sept ans, prolongée dans trois films sortis en 2019, en 2022 et en 2025 pour le dernier. Sur le plan de la direction des acteurs, de la photographie et des décors, ce troisième film est impeccable. Mais surtout, plus que les deux précédents, il s’agit d’un film touchant, émouvant et très beau. Je ne parle pas seulement des paysages du Hampshire anglais, magnifiques sur grand écran. Non, le film est beau de cette histoire de résilience qu’il nous raconte, beau de ses personnages, tellement humains, si imparfaits, qui surmontent les épreuves par une indéfectible solidarité.
Des relations empreintes de loyauté
Ce n’est pas par ses références directes à la religion que le film permet une réflexion théologique. À peine quelques scènes dans le cimetière ou l’apparition d’un pasteur anglican dans la dernière scène évoquent des pratiques chrétiennes. C’est plutôt par les valeurs profondes qu’il irradie que Downton Abbey fait écho à la spiritualité de l’Évangile: l’empathie, la générosité, la bonté, l’honnêteté, la probité, le partage, le pardon et la réconciliation qui vont de pair, la joie, l’espérance et l’amour.
Je pense à ce verset dans la Lettre de Paul aux Philippiens (4,8) : « Au reste, frères et sœurs, que tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui mérite l’approbation, ce qui est vertueux et digne de louanges, soit l’objet de vos pensées. »
Le film illustre tout cela : la recherche sincère de la vérité, l’attachement à la justice, la persévérance dans la droiture, et la fidélité à la vertu comme à la loyauté envers soi et autrui.
À travers les petites actions et les grands gestes, les petites décisions et les grands verdicts, c’est le concept inaliénable de la famille qui surpasse tout, comme un fondement ontologique d’une communauté aux liens inaltérables. Une communauté où, selon le modèle évangélique, toute personne est acceptée, quelle qu’elle soit: la veuve et l’orphelin, les enfants illégitimes et les femmes divorcées, en passant par les homosexuels et les anciens anarchistes. Une communauté où règne un si grand amour qu’on s’y dresse tout autant contre les jugements, la médisance, le mépris et l’exclusion que contre la malveillance, la forfaiture et le mensonge. Les personnages du film montrent formidablement comment se battre les uns pour les autres contre tous les carcans de l’époque, même ceux qui viennent de la royauté.
L’avenir appartient aux sans-voix
De manière renversante, la grande finale soulève également le thème de la succession, de la transmission aux jeunes générations de l’héritage et du patrimoine familial: d’un comte à sa fille ainée, d’un majordome à son adjoint, d’une cuisinière à son assistante… C’est alors, dans la droite ligne de l’enseignement évangélique, que sont valorisés les petits, les sans-voix et les sans-pouvoirs, dont le rôle et l’importance intrinsèque sont mis de l’avant.
Que penser de cette scène où Lord Grantham, tout comte qu’il soit, va demander conseil à son ancien majordome au sujet de sa fille Mary ? Ou encore de la réhabilitation de cette Lady Mary, divorcée et outrageusement ostracisée par le voisinage, qui pourra avoir lieu grâce aux femmes de chambre. Par le premier, le majordome, la sagesse est transmise. Par les secondes, les servantes, passe incontestablement le salut. Les enfants sont quant à eux tendrement aimés par les uns et les autres.
C’est un film qui fait du bien, une série qui finit bien; et il n’y a pas de mal à se faire du bien, en ce monde déchiré et en proie à toutes les violences possibles. Dans la toute dernière scène, celle qui clôt définitivement le film et la série, mais qui en même temps ouvre sur toutes sortes de possibles, le comte et la comtesse partent à pied, main dans la main, comme deux pèlerins, vers leur nouvelle demeure. Robert dit doucement à sa femme: « Je t’aime. » Et Cora répond: « Et c’est ce qui compte le plus. » Oui, en vérité.
David Fines















































