Actuellement en salles, le film Conclave réalisé par Edward Berger et écrit par Peter Straughan est basé sur le roman de Robert Harris. Plusieurs grands interprètes font partie de la distribution dont Ralph Fiennes et Isabella Rossellini.
L’intrigue se déroule au Vatican, à la suite du décès du pape. Les cardinaux y sont réunis en conclave, d’où le titre du film, afin d’élire un successeur. Une campagne électorale se met en branle devant les spectateurs. On assiste en effet au déroulement d’une élection pontificale avec les rumeurs, la vérité, la réalité et les émotions qui se mélangent, le tout couronné par une fin plus que surprenante.
Le scénario introduit un protagoniste d’importance, identifié comme un cardinal in pectore. L’expression latine signifiant « dans le coeur du pape » désigne un cardinal secrètement choisi par le pape mais qui n’a pas été officiellement nommé lors d’un consistoire, assemblée durant laquelle sont créés les nouveaux cardinaux. Le protagoniste du film vit dans un pays où sa sécurité est en péril, ce qui explique la possibilité que ce type de cardinaux existe dans la curie romaine.
Le droit canonique en otage?
Le film est fondé sur une interprétation très discutable du droit canonique. Lors de la préparation du conclave, on accepte la présence du cardinal nommé in pectore sans la tenue d’un consistoire, élément essentiel pour accéder au rang de cardinal et toutes ses prérogatives.
L’article 351, alinéa 3 du Code de droit canonique dit expressément :
Celui qui est promu à la dignité cardinalice et dont le Pontife Romain a annoncé la création mais en réservant le nom in pectore n’est tenu pendant cette période à aucun des devoirs des Cardinaux et il ne jouit d’aucun de leurs droits; cependant, une fois son nom publié par le Pontife Romain, il est tenu à ces mêmes devoirs et jouit de ces mêmes droits; mais il obtient la préséance à partir du jour de la réservation in pectore.
La publication du nom de ce cardinal aurait donc exigé un consistoire. Dans l’intrigue du film, le pape étant décédé, il ne peut donc convoquer un consistoire. De ce fait, la présence au sein du conclave de ce cardinal in pectore est impossible. Cette impossibilité entache la plausibilité du scénario. Cet élément n’était pourtant pas essentiel à l’intrigue.
Chacun fait son cinéma
Les interprétations de Ralph Fiennes, d’Isabella Rossellini et de Stanley Tucci valent le déplacement et nous font aimer ce film. Plusieurs images sont à couper le souffle, tournées à Rome ou dans les studios de Cinecittà.
Certaines interprétations sont toutefois caricaturales et alourdissent le film, comme certains discours anti-migration, des envolées oratoires et la prestance du cardinal de Venise. De plus, l’un des cardinaux favoris, d’origine africaine, est dépeint comme ayant un passé sexuel douteux. Pourquoi est-ce l’Africain qui est affublé de cet antécédent?
Les Québécois seront peut-être heureux de retrouver un cardinal papable québécois, Joseph Tremblay, joué par John Lithgow. Dans le film, celui qu’on appelle « Jo » est un personnage de premier plan.
Les femmes sont aussi présentes, sous les traits de religieuses discrètes, mais puissantes. Elles arrivent à discréditer un candidat papable.
Le regretté animateur Paul Houde aurait adoré Conclave. Féru d’histoire, d’intrigues vaticanes, de papes et de maximes liées au Vatican, il aurait sans doute pensé, à un certain moment du film, à la Stanza del Pianto (« salle des pleurs » où le pape nouvellement élu revêt ses habits) et à l’expression Duos habet et bene pendentes (« il en a deux, et bien pendants »). Cette dernière renvoie-t-elle à une légende ou une pratique établie?
Y aller ou non?
Voilà la question. Et la réponse est affirmative, car le sujet du choix d’un pape lors d’un conclave fait réfléchir. Le scénario présente des thèmes classiques qui risquent bien d’occuper le prochain vrai conclave: l’avenir de l’Église, les dérives du cléricalisme, de l’argent, les crimes sexuels, etc. On ne peut rester insensible à cette réalité de l’impact du choix d’un pape tant sur l’Église catholique que sur le monde. Actuellement, le pape François approche de ses 88 ans et le choix de son successeur est une question d’actualité. Conclave peut certainement préparer l’imaginaire d’un avenir proche.















































