La Société canadienne de théologie vient de compléter le projet de numérisation de décennies d’écrits scientifiques. Ce faisant, elle s’assure que de nouvelles générations d’étudiants et de chercheurs pourront avoir accès à ce corpus qui compte des milliers de pages.
Fondée en 1963, la Société canadienne de théologie s’est donnée comme mission de favoriser le développement des études théologiques au Québec et au Canada français, rappelle l’organisation qui regroupe des experts de diverses disciplines. Elle a déjà compté 300 membres pendant ses belles années, de sa fondation jusqu’à la décennie 1980. À cette époque, on comptait alors plusieurs facultés de théologie au Québec. Aujourd’hui, dans un contexte académique qui a bien changé, la théologie occupe une place plus modeste par rapport à d’autres disciplines sociales. La Société compte une cinquantaine de membres, mais estime que son réseau élargi atteint encore près de 150 personnes.
Au fil des années, certaines des publications de la Société devenaient plus difficiles à trouver. D’où l’idée de mettre en place un vaste de projet de numérisation de ce corpus académique afin d’en faciliter l’archivage et la diffusion.
« L’idée de la numérisation de nos publications est d’asseoir un héritage », explique Étienne Pouliot, professeur à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval, membre et ancien secrétaire de la Société. Il avait la charge du projet de numérisation du corpus, en compagnie de ses collègues Nadia-Elena Vacaru et Patrice Bergeron. « On voyait que nous avions de nouveaux membres qui n’avaient plus accès à la collection de nos travaux. Et même nos membres de longue date n’ont plus accès à toute la collection. »
L’organisation a déployé des efforts pour s’assurer que ses écrits restent disponibles dans les bibliothèques universitaires, mais a rapidement constaté que cela ne suffisait pas. La Société s’est alors mise à chercher des subventions pour les numériser.
« Nous avons cherché des subventions pendant 4 ou 5 ans. Il y a des programmes du patrimoine canadien qui existent pour la sauvegarde de tels documents, mais notre projet n’a jamais été retenu. Nos demandes ont été rejetées quelques fois : on nous disait que nous l’avions presque, mais pas tout à fait. Il faut dire qu’archiver des documents théologiques n’est pas aussi en vogue que des projets liés aux cultures autochtones, ces temps-ci », relate le professeur Pouliot.
C’est finalement grâce à l’appui du Fonds Cardinal-Maurice-Roy que la numérisation a pu aller de l’avant. Ce fonds appuie généralement le corps professoral de la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval, mais a visiblement fait une exception pour la Société canadienne de théologie.
Le projet Numérisation, indexation, diffusion et conservation de la collection Héritage et Projet publiée chez Fides par la Société canadienne de théologie (SCT) fut réalisé par le service d’archivage de la bibliothèque de l’Université Laval entre octobre 2020 et mars 2021. Il a coûté 5410 $.
« Ce projet cherche à valoriser la production théologique québécoise et francophone, à un moment où la discipline au Québec vit un tournant important, notamment dans son lien avec les milieux de recherche universitaires », a fait valoir la Société, insistant sur l’intention de redonner « un accès direct, permanent et efficace à ce patrimoine documentaire reflétant fidèlement une tradition universitaire québécoise dans le domaine précis de la théologie ». La numérisation devenait d’autant plus urgente que l’éditeur original, Fides, a perdu l’essentiel de ses propres archives numériques de la collection.
Toutes les autres universités ont désormais accès à ces documents, de même que le grand public, puisque l’entièreté des ouvrages publiés avant 2014 se trouve maintenant sur le site Internet de la Société canadienne de théologie.
En tout, ce sont plus de 10 000 pages témoignant de la recherche théologique des dernières décennies au Québec qui sont accessibles à tous. Le premier des 34 documents disponibles gratuitement sur le site de la Société date de 1966 et s’intitule L’inquiétude pastorale dans l’enseignement de la théologie. Plusieurs des titres proposés témoignent d’enjeux qui ont conservé toute leur actualité : Le divorce. L’Église catholique ne devrait-elle pas modifier son attitude séculaire à l’égard de l’indissolubilité du mariage ? (1973), Le laïcat. Les limites d’un système (1987), Le christianisme d’ici a-t-il un avenir ? (1988), Pluralisme religieux et quêtes spirituelles (2004), Franchir le miroir patriarcal. Pour une théologie des genres (2007), Mondialisation, violence et religion (2009) et Identité et mémoire des chrétiens. Propositions au-delà d’un repli identitaire (2013), pour n’en nommer que quelques-uns.

















































