Alors que plusieurs communautés religieuses québécoises cherchent à assurer la transmission de leur héritage, le Service des archives des Capucins du Québec a fait don à l’UQAM à la fin de l’année dernière de près de 500 documents anciens et plus récents. Un ensemble documentaire «porteur de sens», selon Hugues Ouellet, bibliothécaire responsable du Centre des livres rares et collections spéciales de l’université. Ce dernier explique que le don des Capucins est le résultat d’une collaboration et d’un souci de préservation.
L’UQAM, qui conservait déjà certains fonds d’autres communautés religieuses (dont les Jésuites, les Franciscains ou encore les Sœurs de Sainte-Anne), est ainsi un des pôles qui se développent dans la province pour assurer la transmission du patrimoine religieux au Québec, aux côtés d’autres initiatives importantes, comme la Fondation des archives et du patrimoine religieux du Grand Montréal (FAR) ou le travail de BAnQ.
Malgré ce déménagement, le fonds des capucins de l’UQAM n’est pas coupé de sa communauté d’origine. Il est toujours en lien avec le Service des archives des Capucins, la bibliothèque de L’Ermitage Saint-Antoine de Lac-Bouchette et le patrimoine bâti de cette communauté. «Ce n’est pas un fonds documentaire voué à être fermé sur lui-même», note M. Ouellet.
Alors que d’autres pans du patrimoine religieux québécois sont dispersés faute de structures et d’intérêt, le travail de sauvegarde du patrimoine archivistique et documentaire se construit ainsi lentement, mais fermement.
Un don pour la collectivité
Tous les documents de l’UQAM en provenance des communautés religieuses sont en processus d’intégration au catalogue du Service des bibliothèques afin d’en permettre l’accès pour tous et le repérage selon leurs bibliothèques d’origine.
Selon M. Ouellet, rassembler en un lieu plusieurs fonds documentaires provenant de communautés religieuses a une valeur ajoutée pour la communauté universitaire et le grand public. «Ces fonds interagissent les uns par rapport aux autres. Il y a une forme de pôle qui se crée dans un même endroit où les chercheurs ou les personnes croyantes peuvent avoir accès à une variété de documents qui témoignent de plusieurs types de vie consacrée.»

Entre le travail de recherche universitaire et la médiation grand public, les fonds conservés à l’UQAM sont activement mis à la disposition de plusieurs segments de la société québécoise.
Dans le milieu universitaire, les collections provenant de communautés religieuses sont utilisées dès les études de premier cycle dans certains cas, en plus de s’inscrire dans les activités de plusieurs départements. Le fonds des Capucins a la particularité d’avoir plus d’ouvrages en français que le fonds des Franciscains, par exemple, ce qui représente un avantage, selon M. Ouellet. «Comme les gens maîtrisent moins le latin aujourd’hui, ce fonds est peut-être plus facile d’approche.»
Pour le grand public, M. Ouellet a à cœur de mettre en place plusieurs activités de valorisation et de médiation, comme des visites guidées qui permettent d’enrichir l’approche des fonds anciens en s’inspirant de ce qui se fait dans les musées.
Collaboration et préservation de livres rares
Le Centre des livres rares et collections spéciales de l’UQAM se distingue par ses fonds documentaires de collectivités (Collège Sainte-Marie, École normale Jacques-Cartier, l’École des Beaux-Arts de Montréal), dont celles de communautés religieuses.
«À la suite de la donation des Franciscains [en 2021], la collaboration avec les Capucins s’est faite facilement», explique le bibliothécaire responsable du Centre des livres rares et collections spéciales de l’UQAM. Cette collaboration s’est échelonnée sur près de trois ans pendant lesquels les acteurs du Service des archives des Capucins du Québec et du Centre des livres rares et collections spéciales ont co-construit la nature du fonds documentaire.

Les Capucins avaient des enjeux de conservation des livres rares et ils voulaient que ces ouvrages puissent être utilisés par les générations futures. Ce fonds est ainsi composé de livres anciens divers, notamment des recueils de sermons, des traités, des méditations, ainsi que des ouvrages portant sur les règles de saint François.
Le document le plus ancien est un commentaire de la Bible publié en 1489 par Nicolas de Lyre. Il s’agit d’un incunable, soit un livre imprimé avant 1500. On trouve également dans le fonds ancien une édition des Œuvres complètes de Bernardin de Sienne datant de 1591 ainsi qu’un Tableau synoptique de l’histoire de tout l’Ordre séraphique de 1208 à 1878, publié en 1879. Et pour témoigner des champs d’intérêt des Capucins, le fonds comprend également des petits sous-ensembles plus récents.
M. Ouellet a également réalisé une entrevue avec un frère qui a été un acteur important de la constitution du fonds ancien des Capucins afin de préserver un pan de l’histoire de la création de la bibliothèque et son utilisation au sein de la communauté religieuse.
Pour M. Ouellet, l’intégration de fonds religieux dans une université laïque pour une utilisation qui peut être universitaire, culturelle et spirituelle n’a rien d’une contradiction. «Une bibliothèque est surtout un lieu de rencontre au sein d’une communauté. Il s’agit d’un endroit où on vit des expériences qui peuvent être spirituelles ou de nature universitaire. La transmission d’un ouvrage, c’est surtout la rencontre d’univers.»
Voir aussi :
Fannie Dionne, Une BD-reportage sur la perte de notre mémoire collective, Présence, 17 octobre 2025
Fannie Dionne, Franciscana: renaissance d’une collection, Présence, 3 octobre 2022
François Gloutnay, Jean-Louis Roy joint la Fondation des archives religieuses du Grand Montréal, Présence, 29 mars 2023
















































