En février, à Montréal, une mer de rose et rouge couvre à plusieurs endroits la grisaille (ou la blancheur, c’est selon) de l’hiver pour souligner la Saint-Valentin le 14 du même mois. Mais quel est le lien entre la personne de saint Valentin et la fête du romantisme et des fleurs ? Cet homme était-il vraiment un patron de l’amour ? Malheureusement, la réponse est non.
Plusieurs hypothèses et histoires circulent sur l’origine de cette fête. La plus courante fait remonter la célébration aux Lupercalia, une fête que les Romains soulignaient le 15 février pour célébrer la venue du printemps et la fertilité. Pendant cette journée, les hommes sacrifiaient un mouton ou un chien et se couvraient de sa peau pour augmenter leur fertilité avant de rencontrer des jeunes filles. La fête était nommée en l’honneur du dieu Lupercus, protecteur des troupeaux et promoteur de la fertilité des moutons.
La popularité de cette célébration n’aurait pas cessé avec la christianisation de l’Europe, et ce serait le pape Gélase Ier qui, à la fin du 5e siècle, aurait interdit les Lupercalia. Le 14 février est peut-être devenu à la même époque la fête de Saint-Valentin, pour remplacer la populaire fête païenne (comme ce fut le cas avec d’autres fêtes telles que la Saint-Jean, qui a remplacé les fêtes liées au solstice d’été).
Néanmoins, selon Lisa Bitel, professeure d’histoire et de religion à l’University of Southern California, aucune preuve ne lie directement les Lupercalia à la Saint-Valentin. Il faut donc chercher ailleurs.
L’amour en Angleterre
La fête de l’amour aurait plutôt, selon la professeure Bitel, des origines anglaises. Ce serait vraisemblablement Geoffrey Chaucer, poète du 14e siècle auteur des Canterbury Tales, qui serait à l’origine de notre conception moderne de la Saint-Valentin, car il a lié cette fête au moment de l’année où les oiseaux s’accouplent dans The Parliament of Fowls. C’est aussi à cette époque que des nobles auraient commencé à s’envoyer des mots doux aux alentours de la mi-février. Qu’en est-il des valentins et valentines ? Dans la pièce Hamlet de Shakespeare, Ophélie se dit la valentine du prince.
Saint Valentin… mais lequel ?
Une question reste : qui est ledit Valentin ? La professeure Bitel explique qu’il nous faut remercier les Bollandistes (des religieux qui ont fait des recherches pendant des siècles afin de retrouver des informations sur les différents saints du calendrier liturgique) pour les informations sur les saints Valentin.
Il y a en effet plusieurs saints Valentin célébrés le 14 février, mais deux sont souvent cités comme les meilleurs candidats à la source de la populaire fête actuelle. Ces candidats sont d’ailleurs peut-être une seule et même personne. L’un était prêtre et l’autre évêque, mais les deux auraient fait des miracles de leur vivant au 3e siècle de notre ère, convertissant des païens au christianisme. Le fait se sachant, ils ont été sommés par l’empereur romain de renier leur foi, et puisqu’ils refusaient, ils sont morts en martyrs un 14 février, à une époque où les mises à mort de chrétiens étaient monnaie courante.
Ces (ou ce) Valentins n’avaient rien de romantique. Les légendes où saint Valentin aurait été amoureux, aurait marié des chrétiens ou fait passer des mots doux ont été créées plus tardivement.
Ce manque de clarté autour de la vie du saint a eu un impact réel : s’il est toujours saint, on ne retrouve plus Valentin dans le calendrier liturgique romain depuis 1969. Dans ce dernier, le 14 février fait mémoire des saints Cyrille et Méthode.
Quoi faire le 14 février ?
Qu’à cela ne tienne, pour la Saint-Valentin, il est aussi possible d’aller prier sur les reliques d’un saint Valentin et ce, à plusieurs endroits : un cœur à Dublin, un crâne à Rome, un squelette à Glasgow, un os d’épaule à Prague… sans compter la basilique de Saint-Valentin à Terni, en Italie, construite sur sa tombe présumée.
Sinon, on peut se tourner vers les traditions romantiques actuelles. Si l’industrialisation des cartes de Saint-Valentin date du 19e siècle, les fleurs et chocolats sont plus récents. Il y a aujourd’hui différentes manières de souligner — ou non — cette fête.















































