On se marie de moins en moins au Québec, révèle aujourd’hui l’Institut de la statistique du Québec. Et la majorité des mariages célébrés ne se déroulent plus dans des églises ou devant des ministres du culte.
Alors qu’en 1970, pas moins de 49 607 mariages étaient célébrés, un demi-siècle plus tard, ce ne sont plus que 22 688 couples québécois qui posent ce geste, un nombre légèrement, mais néanmoins inférieur, à celui de l’an dernier (22 908).
Si la grande majorité de ces mariages (97 %) ont uni un homme et une femme, 3 % (730) ont uni deux hommes ou deux femmes. Ce n’est que depuis l’autorisation des mariages de couples de même genre en 2004 que l’on collige ces dernières statistiques. Cette année-là, 245 mariages de couples de même genre ont eu lieu.
Ministres du culte
Les données sur les mariages de l’Institut de la statistique du Québec révèlent aussi que les mariages religieux ou célébrés par un ministre du culte — c’est ainsi qu’on identifie, dans ce rapport statistique, les prêtres, pasteurs et autres représentants religieux qui célébrants choisis par les couples pour les marier — sont en chute constante depuis cinquante ans.
Si, en 1969, 97,8 % des mariages étaient célébrés devant un prêtre ou un pasteur, les ministres du culte n’ont présidé que 35 % des mariages de 2023. Les nouveaux mariés ont opté pour des « célébrants désignés » (maires, mairesses, fonctionnaires municipaux, amis et membres de la famille) dans 30 % des cas. Les greffiers de la Cour supérieure et les notaires ont présidé le reste des cérémonies de mariage.
C’est en 1969 que la Loi sur le mariage civil est entrée en vigueur au Québec. Depuis ce moment, « la popularité des ministres du culte a diminué de manière marquée », observe la démographe Anne Binette Charbonneau, la rédactrice du bulletin sociodémographique Les mariages au Québec rendu public le lundi 9 septembre 2024..
« L’autorisation des mariages célébrés civilement au Québec a entraîné une première baisse, puis une seconde s’est amorcée en 2002 avec l’habilitation de nouvelles catégories de célébrants », les « célébrants désignés ». Cette dernière catégorie « s’est hissée au deuxième rang des types de célébrants », soit après les ministres du culte, note encore la démographe.
Églises et mariages de même genre
L’étude sur les mariages indique aussi qu’en 2023, 111 mariages entre personnes de même genre ont été célébrés devant des ministres du culte. « De ce nombre, 63 étaient des mariages de deux femmes et 48 des mariages de deux hommes », observe Anne Binette Charbonneau. « Les ministres du culte ont donc célébré plus de mariages de deux femmes que de mariages de deux hommes en 2023. Cette situation s’observe pour une sixième année consécutive, mais cela n’a pas toujours été le cas. »
Mais la démographe ne peut pas indiquer dans quelles églises on célèbre le plus de mariages de couples de même genre. « Malheureusement, dit-elle, les données que nous avons ne nous permettent pas de préciser à quelles Églises appartiennent les ministres » qui président ces cérémonies religieuses.
Il faut savoir que c’est le Directeur de l’état civil qui reconnaît les groupes habilités à présider des mariages religieux. Sa « liste des sociétés religieuses reconnues » compte aujourd’hui 20 pages et aligne plus de 300 noms de diocèses catholiques ou anglicans, d’assemblées chrétiennes, de centre communautaires musulmans et d’Églises évangéliques qui disposent d’au moins un célébrant apte à présider des mariages.
On peut certainement conclure, sans chiffres à l’appui toutefois, que des mariages de couples de même genre n’ont pas eu lieu en 2023 dans des paroisses liées à un diocèse catholique puisque l’Église catholique ne permet pas le mariage entre conjoints de même sexe. Mais plusieurs Églises protestantes, présentes au Québec, autorisent de tels mariages. C’est le cas de l’Église communautaire métropolitaine et de l’Église unitarienne, par exemple.
En 2003, l’Église Unie du Canada a aussi reconnu le mariage pour les couples de même sexe. En 2019, l’Église anglicane du Canada a refusé de modifier sa définition du mariage (entre un homme et une femme) pour y inclure les unions entre personnes de même sexe. Mais trois ans plus tôt, cette Église avait accepté, à son plus haut niveau, un tel changement mais cette proposition devait, selon ses statuts, être approuvée une seconde fois afin d’avoir force de loi. Au lendemain du vote négatif de 2019, des évêques anglicans du Québec et du Canada ont rapidement déclaré autoriser de tels mariages à l’intérieur des limites de leur diocèse respectif.
Les données compilées par la démographe ne permettent donc pas de savoir combien de mariages de couples de même genre ont été célébrés par des pasteurs de l’Église Unie du Canada ou de l’Église anglicane du Canada.
Le rapport statistique dévoilé par l’Institut de la statistique du Québec note toutefois qu’en 2004, il y a deux décennies, 62 couples de même genre se sont unis devant un ministre du culte et 141 devant un greffier de la Cour supérieure. Cinq années plus tard, davantage de mariages de couples de même genre ont été célébrés devant des ministres du culte que devant des greffiers.
Mais en 2023, greffiers, notaires et « célébrants désignés » ont présidé plus de mariages de couples de même genre que les ministres du culte, qui arrivent au dernier rang des types de célébrants choisis par les futurs époux.















































