« J’avais fait quelques projections privées avant notre départ pour Cannes », raconte Denys Arcand. Le film qu’il entendait présenter officiellement au prestigieux festival, en 1989, était son long-métrage Jésus de Montréal.
« Les gens, les distributeurs surtout, étaient très craintifs », se rappelle-t-il. « Ils avaient peur que le film soit mal reçu par les autorités religieuses. »
Cette fiction, qui montre l’interprétation qu’une troupe de jeunes comédiens propose de la Passion du Christ, a obtenu à Cannes « assez de succès », dit-il.
Mais ce n’est que quelques jours après la projection, alors qu’il se trouve à l’extérieur de Cannes, que Denys Arcand reçoit un appel d’un producteur qui lui annonce « que nous avions gagné le Prix œcuménique ».
Ce prix est offert depuis 1974, il y a 50 ans, par un jury formé de catholiques et de protestants qui visionnent tous les films en compétition officielle.
Trente-cinq années plus tard, Denys Arcand se souvient de la cérémonie d’attribution du prix à la toute fin du festival.
« Un évêque catholique et un pasteur luthérien étaient présents et les deux disaient de bonnes choses à propos de mon film. »
L’obtention du Prix du Jury œcuménique « annonçait la longue carrière » que connaîtra le film Jésus de Montréal.
En recevant ce prix, le cinéaste a aussi été gratifié d’« un courrier très abondant de tous les coins du monde ». On le félicitait pour son œuvre et son prix mais on tenait aussi à lui signifier que son film « touchait les gens dans leur rapport personnel à la foi et aux Évangiles », raconte-t-il aujourd’hui dans une brève vidéo où il rend hommage au Jury œcuménique à l’occasion de son 50e anniversaire.
« Le Prix œcuménique, c’est un souvenir heureux pour moi », confie Denys Arcand, encore ému d’avoir obtenu cet honneur.
Depuis 1974
Présenté chaque année depuis 1974 lors du Festival de Cannes, le Prix du jury œcuménique est attribué à « des œuvres aux qualités à la fois artistiques et humaines qui sondent la profondeur de l’âme et la complexité du monde, qui mettent en lumière la justice, la dignité humaine, le respect de l’environnement, la paix, la solidarité, la réconciliation, des valeurs de l’Évangile largement partagées dans toutes les cultures ».
À ce jour, cinq films canadiens ont obtenu le Prix du jury œcuménique lors du Festival de Cannes. Ce sont J. A. Martin photographe (1977 – Jean Beaudin), Jésus de Montréal (1989 – Denys Arcand), De beaux lendemains (1997 – Atom Egoyan), Adoration (2008 – Atom Egoyan) et Juste la fin du monde (2016 – Xavier Dolan).
L’an dernier, le film Perfect Days du cinéaste allemand Wim Wenders a obtenu cet honneur. « Ce film est une pure grâce », avaient déclaré les membres du jury.
« En 1974, c’est à un jeune réalisateur de 29 ans, que le Jury œcuménique de Cannes remettait son premier trophée. Rainer Werner Fassbinder inaugurait ainsi, avec Tous les autres s’appellent Ali, une longue liste de films distingués pour leurs qualités artistiques et les valeurs humaines ou spirituelles qu’ils illustrent », rappellent les responsables de l’agence Signis (association catholique mondiale pour la communication) et d’Interfilm (organisation internationale protestante pour le film) dans un communiqué publié avant le début du festival.
Le 77e Festival de Cannes se tient du 14 au 25 mai 2024. Le Prix œcuménique 2024 sera attribué le samedi 25 mai.














































